À Abidjan, les nations africaines productrices de minéraux stratégiques et leurs alliés du développement ont scellé une alliance inédite pour faire de leurs ressources naturelles un levier de croissance économique, industrielle et sociale. L’enjeu ? Valoriser localement ces trésors géologiques, dynamiser le financement des projets structurants et bâtir des filières régionales capables de répondre à la demande mondiale en forte hausse.
Une conférence ministérielle s’est tenue à Abidjan pour redéfinir le rôle de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources essentielles. Cette rencontre a rassemblé des décideurs politiques, des experts de l’Union africaine, des représentants de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), des institutions onusiennes, des banques de développement, des financeurs et des investisseurs internationaux.
Abidjan, capitale d’un nouveau pacte minier continental
L’objectif est sans ambiguïté : exploiter pleinement le potentiel minier africain pour en faire un moteur de transformation durable et inclusive. Les participants ont souligné l’urgence de passer d’un modèle d’exportation brute à une stratégie intégrée, où chaque maillon de la chaîne de valeur profite aux populations locales.
Un tournant stratégique pour le continent
Lors de l’ouverture des travaux, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité d’une refonte radicale de la gestion des ressources naturelles. Son discours a mis en lumière trois priorités : la transformation locale des minerais, la réforme des mécanismes de financement du développement et le renforcement des infrastructures.
« Cette conférence vise à opérer un virage décisif pour que l’Afrique maîtrise enfin son destin économique. Il s’agit de faire de nos ressources un levier de prospérité partagée, accessible à tous nos citoyens », a-t-il déclaré. Il a également pointé du doigt le manque d’efficacité des institutions africaines de financement, dont le bilan cumulé ne représente qu’1 % du total mondial.
Pour lui, le développement d’infrastructures résilientes et l’émergence d’industries locales sont indispensables pour maximiser les retombées de l’exploitation minière.
La Côte d’Ivoire mise sur son sous-sol pour un avenir prospère
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a défendu une vision audacieuse : transformer les ressources naturelles en richesses durables grâce à une coopération continentale renforcée. « Aucun pays ne pourra atteindre ses ambitions seul. Nous devons unir nos forces pour créer des synergies régionales et développer des chaînes de valeur intégrées », a-t-il affirmé.
Il a révélé que près de 75 % du territoire ivoirien recèle des minéraux critiques, un atout majeur dans la stratégie nationale. Le pays vise le statut de nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030, un objectif soutenu par un plan ambitieux couvrant la période 2026-2040. Ce programme, estimé à 38 000 milliards de francs CFA, sera financé à 88 % par le secteur privé.
Des réserves colossales face à une demande mondiale en explosion
L’Afrique regorge de ressources stratégiques pour la transition énergétique : cobalt, lithium, graphite, terres rares, platine, cuivre, manganèse et nickel. Avec 30 % des réserves mondiales de ces minerais, le continent pourrait voir la valeur de ses ressources atteindre 29 500 milliards de dollars, soit près de 20 % des réserves globales.
Pourtant, 8 600 milliards de dollars de ces richesses restent inexploitées. Parallèlement, la demande mondiale devrait s’envoler d’ici 2040 : +1 000 % pour les métaux du groupe du platine, +842 % pour le lithium et +88 % pour le cuivre, comparé à 2023.
Une opportunité historique à saisir sans délai
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. La filière des véhicules électriques et des batteries pourrait représenter une valeur de 59 000 milliards de dollars d’ici 2050, contre 7 000 milliards en 2030.
Face à cette fenêtre d’opportunité sans précédent, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont réaffirmé leur détermination à briser le cycle de l’exportation de matières premières brutes. Leur objectif ? Faire des minéraux critiques un pilier de l’industrialisation, de l’emploi et de la prospérité durable du continent.
