La Confédération des États du Sahel (AES) franchit une nouvelle étape dans son édification institutionnelle. Les présidents des assemblées législatives du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont été reçus à Ouagadougou par le président de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré, afin de recueillir ses directives avant l’installation officielle du Parlement confédéral.
À l’issue de cet échange, les responsables ont indiqué que la sélection des députés devrait avoir lieu prochainement, ce qui permettra la tenue de la session inaugurale de cette instance. Le Parlement confédéral aura pour rôle de porter la voix des populations des trois États, de soutenir l’action des institutions de l’AES et de participer à la consolidation du projet politique porté par les autorités des trois nations.
Cette avancée s’inscrit dans le processus de mise en place des organes de gouvernance de l’Alliance des États du Sahel, qui entend désormais fonctionner avec ses propres structures après avoir quitté la CEDEAO.
Toutefois, cette réunion se déroule dans un climat sécuritaire très tendu. Depuis plusieurs semaines, le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont le théâtre d’une recrudescence des attaques jihadistes, parfois d’une ampleur inédite, infligeant de lourdes pertes aux forces de défense et aux civils. Pour certains observateurs, le fait que les plus hauts responsables parlementaires de l’AES se mobilisent pour accélérer la création d’un Parlement, alors qu’aucune réunion de ce niveau n’a été programmée spécifiquement pour faire face à la dégradation de la situation sécuritaire, suscite des interrogations sur les priorités affichées.
Cette perception nourrit les critiques de ceux qui estiment que les dirigeants de l’AES accordent désormais une place prépondérante à la construction de nouvelles institutions politiques, tandis que l’urgence sécuritaire continue d’affecter gravement les populations. Sans nier l’utilité à long terme d’un Parlement confédéral, ces voix jugent que cette orientation pourrait être mal perçue dans un contexte où les citoyens attendent avant tout des réponses concrètes face à la multiplication des attaques.
Au-delà de son importance institutionnelle, cette évolution est également vue par certains analystes comme le prélude à une division politique plus marquée en Afrique de l’Ouest. En développant progressivement ses propres institutions, l’AES affirme son autonomie vis-à-vis de la CEDEAO, au risque de creuser le fossé entre les deux ensembles régionaux et de compliquer les perspectives d’une coopération politique et sécuritaire élargie.
