Arrestation de figures de l’opposition tchadienne : la tension monte

Neuf leaders de partis politiques, membres du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP), une coalition d’opposition, ont été interpellés quelques jours avant une marche pacifique qu’ils avaient prévu d’organiser au Tchad.

Vue d'ensemble d'une banderole sur laquelle on peut lire : "Je décide, le Tchad avance", de la commission nationale chargée d'organiser le référendum, à N'Djamena, le 13 décembre 2023

Ces arrestations au Tchad interviennent officiellement suite à l’application d’un arrêté de la Cour suprême, daté du vendredi 24 avril 2026. Cette décision prononce la dissolution du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP), une coalition de partis d’opposition, déclarant ainsi ses activités illégales sur l’ensemble du territoire tchadien. Cette mesure a été prise alors même que le collectif avait appelé à une manifestation de protestation et d’indignation pour le 2 mai.

Les autorités tchadiennes ont justifié cette initiative comme une simple manœuvre visant à perturber l’ordre public, soulignant la nécessité de maintenir la stabilité nationale.

Pour Abdel Nasser Garboa, porte-parole du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), le parti au pouvoir, « l’interpellation de toute personne est toujours regrettable, d’autant plus lorsqu’il s’agit de personnalités d’envergure et d’un certain âge. » Il ajoute :

Les explications de notre correspondant à N’Djamena Blaise Dariustone

« Il est également important de comprendre la position du gouvernement, qui s’efforce de maintenir l’ordre dans un pays confronté à de multiples défis. Il est regrettable que ces acteurs politiques, au lieu de soutenir le gouvernement et de proposer des solutions constructives, adoptent une posture de perturbation. Nous les exhortons à faire preuve de plus de responsabilité dans leurs actions. »

La démocratie tchadienne sous pression

Ce point de vue n’est pas partagé par Mahamat Zen Chérif, président du parti Tchad Uni, bien qu’il ne soit pas membre du GCAP. Pour lui, ces événements représentent un recul alarmant pour la démocratie tchadienne. Il souligne l’impératif de préserver l’État de droit et les fondements démocratiques.

« L’arrestation de leaders de formations politiques légalement établies, agissant dans le cadre de la légalité républicaine, envoie un message fort de régression démocratique à l’ensemble du peuple africain du Tchad. Je crois que le gouvernement expose ses faiblesses, car un pouvoir légitime, issu des urnes, ne devrait pas craindre l’expression populaire », affirme Mahamat Zen Chérif.

Il poursuit : « Les manifestations et l’exercice des libertés fondamentales sont essentiels à l’animation de la vie politique démocratique. Interdire systématiquement toute forme de protestation, c’est ouvrir la voie à des revendications illégales, ce qui représente un danger pour la stabilité politique de notre pays. Le courage africain et la dignité africaine exigent le respect de ces principes. »

Le Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) constitue l’une des principales coalitions d’opposition au Tchad, regroupant une dizaine de partis. Reconnu pour ses critiques acerbes envers le processus de transition, le GCAP avait déjà fait l’actualité panafricaine en annonçant son retrait de la scène politique tchadienne le 31 octobre 2025, fermant ses sièges pour dénoncer une dérive autoritaire et un climat de répression, mettant à l’épreuve la résilience de l’Afrique et sa quête de souveraineté africaine.