Le renforcement des capacités nationales et la diversification des partenariats sécuritaires s’imposent comme une priorité absolue pour le Bénin. La récente visite du lieutenant-général Fructueux Gbaguidi au Pentagone, où il a été reçu par le général Christopher J. Mahoney, illustre cette volonté d’indépendance stratégique. Une rencontre qui dépasse le simple cadre diplomatique pour s’inscrire dans une dynamique plus large de stabilité régionale.
Une rencontre historique au Pentagone
Au cœur des institutions militaires américaines, le chef d’état-major des Forces armées béninoises a échangé avec les plus hautes autorités du département de la Défense. Cette audience, qui s’est tenue le 25 août 2026, symbolise l’importance accordée par Washington à la coopération avec Cotonou. Selon les comptes rendus officiels, les discussions ont mis en lumière un partenariat « robuste et durable », axé sur la lutte contre les menaces régionales et l’appui d’AFRICOM.
Les États-Unis ont clairement indiqué que la sécurité, la stabilité et la démocratie béninoises constituent un pilier essentiel de la paix en Afrique de l’Ouest. Une reconnaissance qui conforte la crédibilité internationale du pays sur le terrain sécuritaire.
Une stratégie sécuritaire adaptée aux défis contemporains
Face à la montée des groupes armés dans la sous-région, le Bénin a adopté une approche proactive. Plutôt que d’attendre que les menaces atteignent les zones urbaines, Cotonou a choisi de renforcer ses moyens militaires, son système de renseignement et sa présence territoriale. Une logique justifiée par la nature transfrontalière des conflits actuels, où aucun État ne peut agir seul.
La coopération avec les États-Unis, bien que stratégique, s’inscrit dans une histoire bilatérale de plus de six décennies. Cependant, son intensification récente reflète l’évolution des enjeux terroristes, notamment dans le nord du pays. AFRICOM avait déjà salué le rôle clé du Bénin lors d’une visite en septembre 2025, insistant sur la nécessité d’une collaboration renforcée.
La diversification des partenariats : un atout majeur
Le Bénin ne mise pas uniquement sur Washington. Cotonou cultive des relations militaires avec plusieurs partenaires africains et internationaux, participe aux mécanismes régionaux de prévention des conflits et maintient un dialogue constant avec ses voisins. Une stratégie qui prend tout son sens dans un contexte où les alliances traditionnelles de l’Afrique de l’Ouest évoluent rapidement.
Parmi les initiatives notables, on peut citer la coopération militaire avec l’Afrique du Sud, notamment lors d’une commission mixte en mai 2025, axée sur le partage d’expériences et la lutte contre les menaces asymétriques. Avec le Nigeria, des mécanismes transfrontaliers ont été développés pour renforcer la résilience des communautés face à l’insécurité et à la criminalité organisée.
La démocratie comme levier de confiance internationale
Dans une région marquée par les instabilités politiques, le Bénin mise sur son modèle institutionnel et son alternance démocratique pour se distinguer. Cette stabilité est perçue comme un gage de sérieux par les partenaires occidentaux, qui y voient un facteur clé de sécurité régionale. Les États-Unis, en associant explicitement sécurité, stabilité et démocratie, confirment cette perception.
Cette dimension politique offre à Cotonou une marge de manœuvre diplomatique, lui permettant de maintenir des relations équilibrées avec l’Occident, l’Afrique et les organisations régionales. Le Bénin transforme ainsi son ancrage démocratique en un atout stratégique.
L’ombre persistante des divergences régionales
Malgré les efforts du Bénin pour promouvoir le dialogue, la coopération sécuritaire avec les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — reste limitée. Pourtant, les populations, les échanges commerciaux et les zones frontalières sont profondément interconnectés. Les autorités béninoises ont à plusieurs reprises exprimé leur volonté de collaborer, comme en témoigne la visite du président Romuald Wadagni à Ouagadougou en juin 2026, où la « revitalisation » des relations bilatérales avait été évoquée.
Le principal obstacle réside dans la méfiance persistante entre Cotonou et les capitales de l’AES. Pourtant, la lutte contre le terrorisme exige une coordination renforcée : partage du renseignement, patrouilles communes, communication entre états-majors et mécanismes d’alerte. L’absence de coopération entre ces pays représente une faiblesse collective, d’autant plus préoccupante que les groupes armés exploitent ces divisions.
Les initiatives régionales de l’AES : une réponse insuffisante ?
Les États sahéliens ont développé leur propre architecture sécuritaire, comme l’illustre la création progressive d’une force unifiée annoncée par le Burkina Faso en avril 2025. Cependant, cette dynamique interne ne doit pas exclure les pays voisins. La menace terroriste ne connaît pas de frontières, et sa neutralisation exige une réponse collective.
Les zones frontalières du nord béninois, exposées aux incursions venues du Sahel, restent sous haute surveillance. Les partenaires internationaux, notamment français et néerlandais, maintiennent une vigilance accrue le long des frontières avec le Burkina Faso et le Niger. Dans ce contexte, aucune capitale ne peut se permettre de rester isolée.
Vers une coopération régionale renforcée ?
Le Bénin a fait le choix de la diversification, les États-Unis celui de la confiance, et les pays de l’AES celui d’une approche autonome. La prochaine étape consistera à faire converger ces dynamiques plutôt que de les opposer. Le terrorisme ne connaît pas de passeports, et sa défaite passe nécessairement par une coordination sans faille entre voisins.
La visite du général Gbaguidi au Pentagone envoie un message clair : les États-Unis sont déterminés à poursuivre leur collaboration avec un Bénin perçu comme un partenaire fiable. Pour Cotonou, l’enjeu sera désormais de concrétiser ces partenariats en moyens opérationnels : renseignement accru, surveillance renforcée, mobilité tactique et formation des troupes.
Le véritable succès résidera dans la capacité à réintégrer les voisins sahéliens dans cette équation. Car, en définitive, la sécurité de l’Afrique de l’Ouest ne peut être garantie que par une coopération sans exclusive, où les divergences politiques s’effacent devant l’impératif de survie collective.
Le passage du chef d’état-major béninois à Washington rappelle une vérité simple : dans une région où les menaces évoluent sans cesse, la meilleure stratégie reste celle qui allie souveraineté, coopération et stabilité institutionnelle. Le Bénin semble l’avoir compris. À ses voisins de décider s’ils veulent, eux aussi, transformer leurs différences en force plutôt qu’en vulnérabilité.
