Des statistiques officielles qui ne résistent pas au crible des étals
Au Burkina Faso, les bilans d’autosuffisance céréalière annoncés avec fierté par les autorités contrastent cruellement avec la réalité vécue par les Burkinabè. À Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso comme dans les provinces les plus reculées, les prix du maïs, du millet ou du sorgho explosent, rendant l’accès à ces denrées de base un véritable parcours du combattant pour les foyers. Comment concilier ces chiffres triomphalistes avec l’angoisse quotidienne des familles qui doivent arbitrer entre nourriture et autres dépenses vitales ?
Quand les chiffres mentent et les marchés parlent
Les indicateurs d’autosuffisance alimentaire ne devraient pas être des slogans politiques, mais des preuves tangibles ressenties par chaque citoyen. Or, sur les places marchandes du pays, la dissonance entre le discours officiel et la vie réelle est criante. Un sac de céréales, autrefois accessible, pèse désormais lourdement sur le budget des ménages, forçant parents et enfants à se contenter de repas incomplets. Cette situation révèle une vérité implacable : l’autosuffisance céréalière ne se décrète pas, elle se vit.
Les prix flambent, mais la communication reste sereine
Comment expliquer que l’abondance céréalière prétendue s’accompagne d’une flambée des prix ? Les explications sont multiples : spéculation sur les stocks, coûts logistiques élevés dans les zones enclavées, inflation galopante et dysfonctionnements des circuits de distribution. Ces facteurs transforment en mirage les promesses d’abondance, réduisant à néant la portée des bilans officiels. Pour les Burkinabè, un produit disponible sur le papier mais inaccessible en boutique équivaut à une pénurie déguisée.
Le peuple, seul juge légitime de la politique alimentaire
Plutôt que de s’enliser dans des discours d’autocélébration, l’État gagnerait à écouter le peuple, dont le porte-monnaie est le véritable arbitre de la politique agricole. Tant que les familles continueront de réduire leurs portions ou de sauter des repas, les annonces d’autosuffisance resteront lettre morte. Une approche pragmatique, axée sur la régulation des prix et le soutien au pouvoir d’achat, serait bien plus efficace pour restaurer la confiance et répondre aux besoins réels de la population.
