Au cœur de la République centrafricaine, un vent de terreur souffle depuis l’arrivée des mercenaires de Wagner. Les habitants, déjà éprouvés par des décennies d’instabilité, subissent désormais les exactions d’un groupe paramilitaire dont les méthodes rappellent les pires heures des conflits modernes. Les dernières images venues de l’intérieur du pays, diffusées massivement en ligne, révèlent une violence inouïe : des civils et des combattants désarmés, décapités sur commande, leurs têtes disposées sur un tapis comme trophées macabres.
Le 8 juillet, une scène d’une barbarie sans précédent a été capturée par les téléphones portables des bourreaux. Sous les yeux horrifiés des populations locales, des hommes ont été abattus méthodiquement avant d’être égorgés. Les mercenaires, assistés par des supplétifs africains surnommés avec ironie « Russes noirs » par les Centrafricains, ont immortalisé leur forfait avec des commentaires glaçants. L’un d’eux, probablement un responsable du groupe, a hurlé dans le micro : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! » Ces images, d’une cruauté calculée, rivalisent avec celles des groupes djihadistes qui ont marqué l’histoire récente du Sahel par leurs exactions filmées.
Un État laminé par l’impunité
Ces victimes, parmi lesquelles figuraient des membres de groupes armés venus se désarmer et un chef de village, étaient attendues dans le cadre d’une opération officielle. Au lieu de cela, elles ont été piégées, exécutées et exposées comme du gibier. Depuis des années, la Centrafrique, qualifiée de « pays qui n’existait pas » par certains observateurs, est devenue le théâtre d’une violence endémique. L’État centrafricain, réduit à sa plus simple expression dans la capitale, coexiste avec une myriade de factions armées incontrôlables. La Mission des Nations unies (Minusca), censée stabiliser le pays, peine à endiguer l’hémorragie de violences quotidiennes.
L’arrivée des mercenaires de Wagner, officiellement invités pour soutenir le pouvoir en place, a transformé cette situation chaotique en une spirale de terreur institutionnalisée. Sous couvert de coopération bilatérale, ces hommes agissent en véritables maîtres du pays : ils contrôlent l’armée, la police, la justice et même les flux aériens de Bangui. Leur impunité est garantie par un pacte tacite avec le président Faustin-Archange Touadéra, qui a déjà justifié leur présence en déclarant : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir. » Une phrase lourde de sens, révélatrice d’un choix politique où la souveraineté nationale passe après la survie d’un régime.
L’émergence d’un système colonial moderne
En Centrafrique, Wagner n’a pas troqué son nom contre une version « nationalisée » après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine. Les mercenaires célèbrent encore sa mémoire, érigeant même des statues à sa gloire et organisant des cérémonies à chaque anniversaire de sa naissance. Cette fidélité affichée contraste avec leurs agissements : exploitation minière illégale, disparitions forcées, tortures et exécutions sommaires. Les Centrafricains assistent, impuissants, à l’installation d’un ordre colonial moderne, où des étrangers dictent les règles d’un pays qu’ils pillent sans vergogne.
Face à ces exactions, l’opposition et la société civile centrafricaines multiplient les appels au retrait des mercenaires et à la fin de l’impunité. Mais les autorités, complices de cette situation, opposent un silence méprisant aux revendications de leurs propres concitoyens. La Centrafrique, jadis décrite comme un « non-État », est désormais un territoire où la terreur est devenue la norme, où le pire est quotidien, et où l’espoir de retrouver une vie normale semble s’éloigner un peu plus chaque jour.
