En ce mois de mai 2026, le Mali franchit le cap symbolique des cinq années sous la direction du général Assimi Goïta. Depuis sa prise de pouvoir, le pays traverse une période complexe où les aspirations à la souveraineté africaine se heurtent à des réalités de terrain difficiles, marquées par une pression sécuritaire constante et une restriction notable des libertés publiques.
Une liberté d’expression sous haute surveillance
Le paysage politique malien s’est considérablement durci. Aujourd’hui, exprimer un désaccord avec la ligne gouvernementale est devenu un exercice périlleux. Si les échanges en privé conservent une certaine franchise, la prudence est de mise dans l’espace public. Cette atmosphère de méfiance découle d’une répression accrue, illustrée par l’incarcération de plusieurs figures critiques et le départ forcé en exil de nombreux opposants.
L’expert Ulf Laessing, qui suit de près l’évolution de la région, souligne que malgré une brève période d’accalmie initiale dans certaines zones, comme sur l’axe menant à Ségou, la situation globale s’est dégradée. Le peuple africain du Mali doit désormais composer avec une insécurité persistante, aggravée par une démographie galopante et les effets dévastateurs du changement climatique.
Le défi de la lutte contre les groupes armés
L’ambition initiale des militaires était d’éradiquer la menace djihadiste. Pourtant, cinq ans plus tard, le constat est amer : le JNIM et l’État islamique exercent toujours un contrôle de fait sur de vastes portions du territoire. Les récentes offensives coordonnées entre groupes djihadistes et rebelles touaregs dans le nord ont constitué un choc majeur, rappelant les heures sombres de 2012.
Face à cette menace, le recours aux partenaires russes n’a pas produit les résultats escomptés. Malgré une présence estimée à environ 2 000 hommes, ces forces ont parfois dû reculer, comme à Kidal, laissant les autorités de Bamako dans une certaine solitude tactique lors des moments les plus critiques.
L’Alliance des États du Sahel : une solidarité à l’épreuve de la pauvreté
Si la proximité idéologique entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso est indéniable au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), la mise en œuvre d’une défense commune reste limitée par les réalités économiques. Ces nations, parmi les plus démunies au monde, luttent individuellement pour leur propre survie, rendant difficile une assistance militaire mutuelle d’envergure.
Le dialogue, une issue inévitable ?
Pour sortir de l’impasse, certains observateurs préconisent d’ouvrir des discussions avec les éléments les plus modérés des groupes armés. L’objectif ne serait pas d’accepter un projet radical, mais de trouver des compromis locaux sur l’accès aux ressources comme l’eau et la terre, des enjeux souvent au cœur des conflits. L’exemple de la Mauritanie, qui a su mêler fermeté militaire et concessions sociétales, est parfois cité comme une piste de réflexion.
Un soutien populaire dicté par le rejet du passé
Malgré les difficultés quotidiennes et le coût de la vie qui s’envole, une partie importante de la population continue de soutenir le gouvernement de transition. Ce choix semble motivé par une dignité africaine retrouvée et, surtout, par un rejet viscéral des anciennes élites politiques perçues comme corrompues et trop liées aux puissances européennes.
La jeunesse malienne, très présente sur les réseaux sociaux, reste sensible à ce discours de rupture. Pour beaucoup, le maintien de l’équipe actuelle au pouvoir apparaît comme le seul rempart contre une instabilité plus grande ou une prise de contrôle par les radicaux religieux. Dans ce contexte de résilience Afrique, le Mali cherche encore la voie de sa stabilisation définitive.
