Alors que le Cameroun traverse une période de turbulences institutionnelles et sociales, une question fondamentale se pose : pourquoi le ballon rond continue-t-il de monopoliser l’attention quand les fondations du pays vacillent ? Malgré l’absence des Lions Indomptables à la prochaine Coupe du monde, les polémiques sportives semblent saturer l’espace public, reléguant au second plan des problématiques vitales pour le peuple africain.
Un sport roi en plein déclin
Le football camerounais, autrefois symbole de dignité africaine et de rayonnement international, n’est plus que l’ombre de lui-même. Entre une gestion fédérale contestée, des scandales incessants et un manque criant d’infrastructures, la discipline s’enfonce dans une crise profonde. Pourtant, on tente encore d’imposer ce spectacle dégradé comme le cœur des discussions nationales, au mépris de la réalité du terrain.
Si la passion pour des figures comme Samuel Eto’o reste légitime, elle ne doit pas servir d’écran de fumée. Faire du football l’unique sujet de conversation revient à ignorer les défis de souveraineté africaine et les dysfonctionnements qui freinent le développement du pays.
Des institutions à l’arrêt et une justice en question
Pendant que les débats s’enflamment pour des matchs inexistants, le fonctionnement de l’État suscite de graves inquiétudes. Un remaniement gouvernemental est espéré depuis des mois sans jamais se concrétiser. Plus frappant encore, le poste de vice-président, créé lors d’une révision constitutionnelle exceptionnelle, demeure désespérément vacant.
L’absence prolongée de Conseil des ministres et de Conseil supérieur de la magistrature témoigne d’une paralysie institutionnelle inquiétante. Dans ce contexte, la crédibilité de la justice est mise à rude épreuve : des mandats d’amener sont bloqués par des notes administratives, et des décisions de mise en liberté sont qualifiées de faux en place publique. C’est l’État de droit lui-même qui est ici en jeu.
Les priorités oubliées du quotidien
Au-delà de la politique, la résilience Afrique se heurte à des réalités économiques brutales. Le chômage des jeunes diplômés persiste, le coût de la vie asphyxie les ménages et l’accès aux services de base, comme l’eau potable ou l’électricité, reste un luxe dans de nombreuses régions du Cameroun. Les routes délabrées et les chantiers publics inachevés devraient être au centre des préoccupations citoyennes.
Les leaders d’opinion, universitaires et journalistes ont le devoir de réorienter le débat. Privilégier l’émotion sportive au détriment de l’analyse des enjeux sociaux et économiques est un luxe que le pays ne peut plus se permettre. La souveraineté africaine passe par des institutions fortes et une gouvernance transparente.
Le Cameroun mérite une discussion publique à la hauteur de ses ambitions. L’histoire ne se souviendra pas de ceux qui ont débattu d’un tournoi sans leur équipe nationale, mais de ceux qui ont eu le courage africain de réclamer une justice crédible et des services publics fonctionnels. Il est temps de hiérarchiser nos priorités pour bâtir un avenir solide.
