Le processus de paix RDC-Rwanda dans l’impasse, selon l’expert Jason Stearns
- Sécurité régionale
Le processus de négociation entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis, s’enlise dans une impasse prolongée, selon les déclarations de Jason K. Stearns, professeur associé à l’université Simon Fraser. Lors d’un échange organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’expert a pointé du doigt l’absence de résultats tangibles malgré les multiples accords signés.
Un constat sans appel : l’échec des négociations de Montreux
Jason Stearns a souligné que les pourparlers de Montreux, malgré leur médiatisation, n’ont enregistré que peu d’avancées concrètes. Les divergences persistent entre les autorités congolaises et le Mouvement du 23 mars (M23), affilié à l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (AFDL). Pour l’expert, ces désaccords s’ancrent dans une logique de blocage structurel, où chaque partie campe sur ses positions sans recherche active de compromis.
L’accord de Washington : des promesses non tenues ?
L’expert a reconnu la signature de nombreux accords sous l’égide de Washington, notamment celui de Washington en 2023. Cependant, leur mise en œuvre se heurte à des obstacles majeurs. Stearns a comparé cette dynamique à la stratégie américaine appliquée dans d’autres dossiers internationaux, comme l’Iran, où l’administration en place privilégie les accords-cadres sans garantie de suivi concret. Pour lui, le risque est identique : des déclarations ambitieuses sans progrès réels.
Le véritable défi, selon lui, réside dans l’absence d’un compromis clair et applicable. Le scénario envisagé depuis des années reste inchangé : le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais en échange d’un engagement de Kinshasa à neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Pourtant, ce « deal historique » peine à se concrétiser, malgré les transitions politiques et les médiations successives.
Le M23 : un acteur incontournable dans l’impasse
Stearns a mis en lumière l’intransigeance du M23, qui revendique une présence militaire à long terme dans l’Est de la RDC. « Côté congolais, on mise sur la solution militaire », a-t-il constaté, tandis que le mouvement rebelle affirme vouloir « rester dix ans de plus ». Cette posture radicale illustre l’absence totale de compromis et confirme l’échec des tentatives de médiation jusqu’à présent.
Les sanctions contre le Rwanda : une pression insuffisante ?
L’expert a salué une avancée notable sous l’administration Trump : l’application de sanctions plus strictes contre Kigali que lors des précédentes tentatives de médiation (notamment via la Communauté d’Afrique de l’Est ou l’Union africaine). Ces mesures, inédites depuis le début des conflits congolais en 1996, marquent un tournant dans la stratégie internationale.
Cependant, deux failles majeures subsistent. D’abord, un manque de cohérence internationale : les États-Unis sanctionnent le Rwanda sans obtenir l’adhésion des pays européens, principaux bailleurs de fonds de Kigali. Stearns a illustré ce décalage en citant la récente signature d’accords commerciaux entre le président rwandais Paul Kagame et des entreprises américaines, signe selon lui d’une pression diplomatique inégale.
Ensuite, l’absence de stratégie globale définie par Washington. Bien que les États-Unis n’envisagent pas de solution militaire, leur approche reste floue. Les diplomates américains cités par Stearns reconnaissent l’inefficacité des simples accords-cadres sans vision intégrée pour les appliquer. « La pression exercée sur Kigali doit s’accompagner d’une stratégie de compromis », a-t-il insisté.
Un compromis secret rejeté à Montreux
Le chercheur a révélé qu’un projet de compromis, présenté discrètement lors des négociations de Montreux, aurait proposé une intégration partielle du M23 dans les institutions congolaises. Ce texte, jamais rendu public, aurait été rejeté par les deux parties, faute de garanties suffisantes pour chacune d’elles. Cette révélation souligne l’ampleur des tensions non résolues.
Kinshasa aussi sous le feu des critiques
Enfin, Stearns a pointé du doigt l’absence de pression diplomatique équivalente sur Kinshasa. Selon lui, la RDC n’a pas subi de pression significative de la part des États-Unis, contrairement au Rwanda. Cette asymétrie dans les approches affaiblit davantage toute tentative de résolution durable du conflit.
En conclusion, l’expert a dressé un bilan sans appel : « On est très, très loin d’une réussite ». Le processus de paix entre la RDC et le Rwanda, malgré les multiples tentatives, reste enlisé dans une dynamique de confrontation où aucune solution n’émerge clairement.
