Au Sénégal, le paysage politique connaît une nouvelle zone de turbulences. Le Parti démocratique sénégalais (PDS) vient de clarifier sa position en appelant officiellement à voter « non » lors du prochain référendum portant sur la révision de la Constitution.
Le président Bassirou Diomaye Faye a en effet décidé de soumettre au vote populaire une loi qui divise profondément la classe politique. Ce texte, initialement validé par une majorité parlementaire, a été élaboré sous l’impulsion du Pastef d’Ousmane Sonko. Il vise principalement à réduire les prérogatives du chef de l’État tout en renforçant l’influence de l’Assemblée nationale.
En s’opposant à cette réforme, le PDS choisit de soutenir indirectement la position du président Diomaye Faye. Ce rapprochement entre la formation d’Abdoulaye Wade et l’actuel locataire du palais présidentiel, bien que surprenant pour certains, s’inscrit dans une logique de stratégie électorale entamée il y a plusieurs années.
Un historique d’alliances fluctuantes depuis 2022
Les liens entre le PDS et la mouvance Pastef ne datent pas d’hier. Dès les élections législatives de juillet 2022, une coalition avait été formée pour contrer la majorité de l’époque dirigée par Macky Sall. Cette dynamique s’est poursuivie jusqu’à l’élection présidentielle de mars 2024.
À cette période, suite à l’éviction de Karim Wade de la liste des candidats, le PDS avait pris la décision radicale de soutenir le duo composé d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye. Ce ralliement de dernière minute a été un levier crucial pour permettre à Diomaye Faye de consolider son électorat et de l’emporter face à Amadou Ba.
Pour le parti libéral, il s’agissait alors de protéger l’État de droit, mais aussi de sanctionner le régime sortant, tenu responsable de l’exil et des déboires judiciaires de Karim Wade. L’objectif était de rester un acteur pesant dans le futur échiquier politique national.
Une collaboration sans intégration gouvernementale
Malgré ce soutien décisif, le PDS n’a jamais véritablement intégré le cercle restreint du pouvoir après la victoire. La formation est restée autonome, refusant de se fondre dans la coalition présidentielle ou de rejoindre les rangs du Pastef.
Ce positionnement est perçu par les analystes locaux comme une volonté de survie politique. Après avoir perdu le pouvoir en 2012, le PDS a traversé une période difficile. Se rapprocher des nouvelles autorités sans s’y aliéner totalement permet au parti de continuer d’exister et de peser sur les débats de société.
La stratégie de Karim Wade semblait miser sur un essoufflement rapide de la ligne radicale prônée par certains membres du nouveau gouvernement. Ce calcul a d’ailleurs conduit le PDS à nouer une alliance éphémère avec l’APR de Macky Sall lors des législatives anticipées de fin 2024, illustrant la grande volatilité des blocs politiques au Sénégal.
L’objectif : contrer l’ascension d’Ousmane Sonko
Aujourd’hui, les divergences qui éclatent au sommet de l’État entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko offrent une nouvelle fenêtre de tir au PDS. En soutenant le recours au référendum voulu par le président, le parti exprime surtout son rejet radical des réformes portées par le Premier ministre.
Dans une déclaration officielle, le PDS exhorte ses militants et l’ensemble du peuple sénégalais à se mobiliser pour faire échouer ce qu’il qualifie de dérive institutionnelle. Selon le parti, ces modifications constitutionnelles ne serviraient que les ambitions personnelles d’Ousmane Sonko, au détriment des équilibres républicains et de la démocratie.
Cette hostilité n’est pas isolée. Une grande partie de l’opposition actuelle semble s’accorder sur un point : la nécessité de freiner l’influence de Sonko. Si le discours du leader du Pastef reste puissant, il commence à susciter une certaine méfiance chez ses anciens alliés qui voient en lui une figure clivante, peu encline au compromis nécessaire à la stabilité nationale.
Un soutien présidentiel purement opportuniste ?
Il serait toutefois prématuré de parler d’une alliance de long terme entre Diomaye Faye et le PDS. Le rejet de la réforme constitutionnelle rassemble des acteurs aux intérêts divergents. De nombreux membres de la société civile et des partis d’opposition s’opposent à la loi non pas par adhésion au programme du président, mais par crainte d’une concentration excessive des pouvoirs au niveau du Parlement.
Le sentiment dominant est celui d’une tentative de récupération des leviers de l’État par un seul camp. Dans ce contexte, le rapprochement avec la présidence est purement circonstanciel. Il s’agit avant tout de ramener le Sénégal vers une tradition de dialogue et de consensus politique, loin des positions jugées trop radicales.
Vers une recomposition du pouvoir autour de Diomaye Faye
Cette situation pourrait néanmoins servir les intérêts de Bassirou Diomaye Faye. Alors que des fissures apparaissent au sein de sa propre majorité, le chef de l’État a tout intérêt à élargir ses soutiens. Le ralliement ponctuel de poids lourds comme le PDS pourrait l’aider à asseoir son autorité et à préparer l’avenir sans dépendre exclusivement du Pastef.
Certains observateurs suggèrent même que le président anticipe déjà une rupture définitive avec la formation d’Ousmane Sonko. En renforçant sa propre coalition, « Diomaye Président », il cherche à se construire une base politique solide. Du côté des partisans les plus fidèles du Pastef, le divorce semble d’ailleurs déjà consommé, certains n’hésitant plus à parler de trahison de la part du chef de l’État.
