Dette publique du Burkina Faso : comment justifier 8 700 milliards FCFA d’emprunts sous un discours de souveraineté ?

Écouter cet article ⏱ ~4 min

Le président Ibrahim Traoré martèle régulièrement que le Burkina Faso doit se passer d’emprunts extérieurs pour bâtir son avenir. Son message, teinté de souveraineté économique, prône une autonomie financière où chaque franc nécessaire au développement proviendrait exclusivement des ressources internes. Pourtant, les dernières données officielles sur la dette publique du pays dessinent un tout autre paysage.

Une dette qui explose malgré le discours anti-emprunt

Entre décembre 2020 et mars 2026, l’encours de la dette publique du Burkina Faso a presque doublé, passant de 4 765 à 8 731 milliards de francs CFA. Cette progression fulgurante interroge : comment concilier l’objectif affiché de sobriété financière avec l’accumulation de milliards d’euros de dettes ? Les chiffres ne mentent pas : l’administration centrale a emprunté massivement, malgré les déclarations officielles.

Les chiffres qui parlent : une croissance vertigineuse

  • Fin 2020 : 4 765 milliards FCFA
  • Fin 2021 : 6 107 milliards FCFA
  • Fin 2025 : 8 692 milliards FCFA
  • Mars 2026 : 8 731 milliards FCFA

En cinq ans, la dette a augmenté de près de 4 000 milliards FCFA, soit une hausse de plus de 80 %. Une trajectoire incompatible avec l’idée d’une gestion uniquement autofinancée.

Dette intérieure : l’autre visage de la souveraineté coûteuse

Le gouvernement mise sur le financement local, symbolisé par des Bons et Obligations du Trésor. Pourtant, cette stratégie a un prix. En 2025, la dette intérieure représentait près de 60 % de l’endettement total, soit 5 196 milliards FCFA. Chaque année, l’État doit non seulement rembourser le capital emprunté, mais aussi payer des intérêts colossaux : 407 milliards FCFA au premier trimestre 2026, en hausse de 31,5 % sur un an.

Souveraineté financière : un concept plus complexe que le refus des emprunts

Affirmer que le Burkina Faso n’a pas besoin d’emprunter ne suffit pas. La véritable souveraineté se mesure à la capacité d’un État à générer des recettes durables, à contrôler ses dépenses et à garantir que chaque emprunt sert des projets concrets, rentables pour la population. Les ressources minières, notamment l’or, existent. Mais leur exploitation ne se traduit pas automatiquement par des liquidités disponibles sans recourir à l’endettement.

Entre risques et réalités : que dit l’analyse internationale ?

Les institutions financières internationales, comme le FMI, classent la dette burkinabè à un niveau de risque modéré. L’institution estime que, à moyen terme, la dette reste soutenable, mais souligne des vulnérabilités majeures : fragilité des recettes d’exportation, pression sur le refinancement de la dette intérieure et instabilité sécuritaire persistante. Ces alertes rappellent que l’endettement, même maîtrisé, peut devenir un fardeau si les fonds ne sont pas utilisés à bon escient.

Le paradoxe burkinabè : emprunter pour exister, ou exister sans emprunter ?

Le débat dépasse désormais la simple opposition entre discours et chiffres. Le gouvernement doit clarifier un point central : où sont passés les 4 000 milliards FCFA empruntés depuis 2020 ? À quels projets ont-ils servi ? Quels bénéfices en retirent les citoyens ? Et surtout, comment garantir que ces emprunts ne condamnent pas l’avenir du pays à une spirale de dettes insoutenables ?

Les slogans sur l’autonomie financière séduisent. Mais dans un contexte où chaque franc emprunté implique un remboursement futur, les faits imposent une question cruciale : le Burkina Faso peut-il vraiment se construire sans emprunter, alors que sa dette a explosé pendant la même période ?

About Louis Nkoulou

Sécurité régionale et Politique

View all posts by Louis Nkoulou →