Deux ans de l’AES : entre discours et réalités au Sahel

L’AES célèbre son deuxième anniversaire sous le signe de l’ambition et des défis persistants

À l’occasion des deux ans de la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de cette confédération regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, a prononcé un discours marquant. Le chef d’État burkinabè a souligné les avancées politiques, diplomatiques et militaires de l’organisation, tout en affichant une vision ambitieuse pour l’avenir. Pourtant, derrière cette rhétorique volontariste, les doutes subsistent quant à la capacité réelle de l’AES à concrétiser ses engagements.

Le président Traoré a mis en avant une meilleure coordination régionale dans la lutte antiterroriste, le renforcement des institutions communes et une intégration économique en marche. Cependant, aucune donnée chiffrée n’a été fournie pour étayer ces affirmations. Les populations sahéliennes, elles, continuent de subir des défis criants : insécurité endémique, inflation galopante, accès limité aux services essentiels et ralentissement économique marqué.

Souveraineté économique et intégration : des objectifs à concrétiser

Parmi les priorités affichées par la Confédération, la construction d’une souveraineté économique occupe une place centrale. Les objectifs incluent l’industrialisation, la transformation locale des ressources naturelles, la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que la libre circulation des personnes et des biens. Ces ambitions, bien que louables, nécessitent des investissements massifs et un environnement sécurisé, deux conditions difficiles à réunir dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et une instabilité persistante.

Le président de l’AES a également pointé du doigt une « guerre économique et médiatique », attribuant une partie des difficultés rencontrées à des campagnes de désinformation et à des pressions extérieures qualifiées d’impérialistes et de néocoloniales. Cette analyse reflète la position officielle des autorités de l’AES depuis leur rupture avec plusieurs partenaires occidentaux. Certains observateurs, cependant, estiment que les défis internes, notamment les faiblesses de gouvernance et la persistance des attaques terroristes, jouent un rôle tout aussi déterminant.

Un message rassurant sur les relations avec la CEDEAO

Malgré les tensions passées, l’AES a réaffirmé sa volonté de dialoguer avec la CEDEAO pour redéfinir ses relations futures. Cette démarche, bien que contrastant avec les frictions récentes, pourrait permettre de préserver certains acquis régionaux, comme la libre circulation. Toutefois, les déclarations d’intention peinent à masquer les réalités du terrain, où la sécurité reste une préoccupation majeure pour les populations.

Le discours d’Ibrahim Traoré, plus politique que technique, semble avant tout destiné à renforcer la cohésion autour du projet de l’AES. Pourtant, deux ans après sa création, l’organisation doit désormais prouver sa capacité à transformer ses promesses en actions tangibles : amélioration de la sécurité, création d’emplois, développement économique et amélioration des conditions de vie des citoyens.

Les attaques au Mali : un rappel brutal des limites de l’AES

Quelques jours avant cet anniversaire, le 4 juillet 2026, plusieurs attaques coordonnées ont visé des camps et positions des Forces armées maliennes dans des localités comme Gao, Aguelhok, Anéfis, Sévaré et Kéniéroba. Ces événements illustrent la persistance de la menace terroriste et mettent en lumière les limites des dispositifs sécuritaires déployés par l’AES. Malgré une coopération militaire renforcée, l’organisation peine à inverser durablement la dynamique de l’insécurité dans la région.

Pour les populations sahéliennes, les discours sur la souveraineté et l’unité ne suffisent plus. Elles attendent des résultats concrets : un recul significatif des attaques, le retour de la stabilité et une amélioration tangible de leur sécurité au quotidien. C’est sur ces indicateurs, bien plus que sur les déclarations politiques, que l’AES sera jugée par les citoyens du Burkina Faso, du Mali et du Niger.