Diomaye Faye et Macky Sall : une rencontre qui divise le Sénégal

Une rencontre aux relents de tensions politiques

Au Sénégal, l’annonce d’un entretien entre le président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur Macky Sall a suscité une vague de contestations parmi les familles des victimes de la répression politique sous l’ère Sall. Ces proches, toujours en quête de justice, dénoncent une rencontre perçue comme une forme d’impunité pour les exactions commises.

Illustration de Macky Sall, ancien président du Sénégal, lors d'un sommet de l'UE en Belgique en 2017

Les raisons d’une polémique persistante

Les familles des victimes de la répression politique entre 2021 et 2024 expriment leur indignation face à cette rencontre. Pour elles, elle symbolise une forme de légitimation des violences policières et des arrestations arbitraires qui ont marqué cette période. Macky Sall, alors garant de l’ordre public, est directement visé par ces critiques.

Les associations de défense des droits humains, comme Amnesty International, avaient pointé du doigt son rôle dans la gestion des manifestations. Les familles réclament non seulement des excuses officielles, mais aussi des réparations concrètes pour les proches disparus ou blessés.

Un contexte politique sous haute tension

Cette rencontre intervient dans un climat politique déjà tendu. Bassirou Diomaye Faye, élu sur une promesse de rupture avec l’ancien régime, semble aujourd’hui adopter une posture plus pragmatique. Pourtant, cette approche divise sa base électorale, entre ceux qui y voient une nécessité diplomatique et ceux qui crient à la trahison.

Pour Assane Samb, analyste politique, cette visite s’inscrit dans une stratégie plus large : celle de Macky Sall pour promouvoir sa candidature au poste de secrétaire-général des Nations Unies. Une ambition qui a nécessité des compromis, notamment avec la Chine, principal soutien de sa démarche.

Les enjeux d’une réconciliation nationale

Deux visions s’affrontent désormais au Sénégal :

  • Une réconciliation par le dialogue : Ses partisans estiment que cette rencontre pourrait apaiser les tensions et favoriser une transition politique apaisée.
  • Un risque de polarisation accrue : Ses détracteurs, en revanche, craignent que cette initiative ne renforce le clivage entre les partisans du nouveau pouvoir et ceux nostalgiques de l’ancien régime.

Sur la scène internationale, cette initiative sera probablement bien accueillie par les autres chefs d’État africains, soucieux de stabilité et de coopération régionale. Cependant, en interne, elle risque d’alimenter les divisions au sein de la société sénégalaise.

Quel avenir pour la justice transitionnelle ?

La question de la justice reste au cœur des débats. Les victimes, elles, continuent d’attendre des réponses. Une rencontre entre deux présidents ne suffira pas à effacer les traumatismes d’une décennie de violences politiques. La balle est désormais dans le camp du pouvoir actuel : saura-t-il concilier diplomatie et exigences de justice ?