Diomaye Faye officialise kiiraay, un tournant politique majeur au Sénégal

Un nouveau parti pour incarner une vision politique renouvelée

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a posé un acte fort ce samedi 25 juillet 2026 à Dakar en lançant officiellement son propre parti politique, Kiiraay. Cette initiative marque une rupture publique et définitive avec son ancien mentor, Ousmane Sonko, figure centrale du parti panafricaniste Pastef qui avait conduit Faye au pouvoir en 2024. Dès son élection, ce dernier avait confié à Sonko le poste de Premier ministre, mais les tensions entre les deux hommes se sont aggravées au fil des mois, aboutissant à son limogeage en mai 2026.

Cérémonie de lancement du parti Kiiraay à Dakar

Une mobilisation populaire et des symboles forts

Sous un soleil écrasant, des centaines de partisans de Faye se sont rassemblés devant l’hôtel dakarois où s’est tenue la conférence de présentation du parti. Malgré l’affluence, la salle ne pouvait contenir tout le monde, forçant de nombreux soutiens à patienter à l’extérieur avec des pancartes et des foulards aux couleurs du mouvement. Le slogan choisi, « Patriotes républicains », illustre les valeurs portées par Kiiraay : république, éthique, transparence, fraternité et travail. Parmi les participants, Mamo Khady Sall, habitante de Yeumbeul, a exprimé son soutien sans réserve à Faye, qu’elle décrit comme un homme de paix, tout en rejetant catégoriquement l’influence de Sonko.

Des désaccords profonds sur la gestion du pays

L’émergence de Kiiraay répond à un constat partagé par Faye et ses proches : les promesses de changement portées par le Pastef ne pouvaient aboutir dans le cadre actuel du parti. Après deux ans au pouvoir, les attentes en matière de transformation économique, de justice sociale et de lutte contre la corruption restent insatisfaites. Ibra Faye, économiste dakarois, confirme cette analyse : « Les changements structurels espérés n’étaient pas réalisables au sein du Pastef ». Le nouveau parti se présente d’ailleurs comme le parti majoritaire du Sénégal, s’appuyant sur l’adhésion de maires, de responsables sectoriels et de personnalités de la société civile.

Conflits et tensions institutionnelles

La rupture entre Faye et Sonko s’est cristallisée autour de divergences stratégiques majeures, notamment sur la gestion de la dette publique sénégalaise. Après le limogeage de Sonko de son poste de Premier ministre en mai, ses alliés l’ont rapidement propulsé à la présidence de l’Assemblée nationale, où il conserve une influence dominante avec le Pastef, qui détient 130 sièges sur 165 à la chambre unique. Cette situation a alimenté des tensions politiques, comme en témoigne l’adoption fin juin d’un projet de loi visant à réduire les prérogatives présidentielles, notamment l’interdiction pour le chef de l’État de diriger un parti. Cependant, cette mesure a été invalidée par le Conseil constitutionnel moins de quinze jours plus tard.

Avec Kiiraay, Bassirou Diomaye Faye trace une voie alternative, affirmant vouloir incarner une nouvelle ère de gouvernance pour le Sénégal, tout en marquant une distance radicale avec le passé récent du Pastef.