Fonds politiques au Sénégal : qui en a vraiment bénéficié avant ousmane sonko ?

Les fonds politiques, une polémique qui divise la classe politique sénégalaise

La polémique autour des fonds politiques agite actuellement la sphère politique sénégalaise. Depuis quelques jours, débats télévisés, publications sur les réseaux sociaux et déclarations politiques s’affrontent autour de l’utilisation et de l’attribution de ces enveloppes discrétionnaires allouées à la Primature. Un sujet brûlant qui s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu, alors que l’Assemblée nationale examine, sous la présidence d’Ousmane Sonko, une proposition de loi visant à encadrer ces crédits spéciaux et fonds secrets.

Qui a vraiment bénéficié de ces fonds avant Ousmane Sonko ?

L’étincelle de ce débat provient d’une déclaration percutante d’Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Intérieur, lors d’une émission télévisée. Selon lui, Ousmane Sonko serait le premier Premier ministre à avoir disposé de fonds politiques propres à sa fonction : « En réalité, il a été le premier chef du gouvernement à y avoir droit. » Il a également évoqué un montant de 1,7 milliard de francs CFA, sans préciser clairement la périodicité de cette dotation, alimentant ainsi les incertitudes sur son usage réel.

Cependant, cette affirmation a été immédiatement contestée. Plusieurs anciens Premiers ministres, dont Souleymane Ndéné Ndiaye, ont rappelé que ces fonds existaient bien avant Ousmane Sonko. En témoigne une déclaration de 2025 où il affirme avoir bénéficié de ces enveloppes dès son poste de Directeur de cabinet du président de la République. Des révélations qui remettent en cause la version d’Aly Ngouille Ndiaye.

Des témoignages qui remontent à plusieurs décennies

Les archives politiques sénégalaises révèlent que ces fonds discrétionnaires ne sont pas une innovation récente. Sous la présidence d’Abdou Diouf, leur montant était estimé à 650 millions de francs CFA, tandis qu’ils ont atteint près de 8 milliards de francs CFA sous Abdoulaye Wade. Un rapport des Inspecteurs généraux d’État (IGE) a même révélé que 108 milliards de francs CFA de fonds politiques avaient été consommés entre 2008 et 2012, dont 48 milliards sans aucune régularisation comptable.

Des exemples concrets, comme le Programme national de développement local (PNDL), illustrent les dérives possibles. Une enquête menée après le départ d’Idrissa Seck en 2004 avait mis en lumière des irrégularités dans la gestion de ce fonds, qui s’élevait à 100 milliards de francs CFA, ainsi que dans l’acquisition de biens immobiliers par l’ancien Premier ministre.

La riposte du camp présidentiel et les contre-arguments

Face aux critiques, le camp de la majorité a réagi avec force. Elimane Pouye, directeur général de la SOGEPA SN, a dénoncé des « affirmations gratuites » et invité à comparer les budgets de la Primature sur les dernières années. Pour lui, le débat doit porter sur l’usage de l’argent public plutôt que sur des polémiques stériles.

Plusieurs membres du parti Pastef ont rappelé que leur formation dénonçait depuis 2014 l’absence de contrôle sur ces fonds. Leur réforme figuraient même dans leur programme électoral de 2019, bien avant l’arrivée d’Ousmane Sonko à la Primature en 2024.

Les voix qui réclament un encadrement légal des fonds politiques

La question de la transparence a également été portée au niveau législatif. Le député Guy Marius Sagna a déposé une proposition de loi dès septembre 2025 pour créer une commission chargée de vérifier l’utilisation de ces fonds. Il a indiqué que Ousmane Sonko lui avait demandé de patienter, préférant que la réforme soit portée par une initiative gouvernementale.

D’autres députés, comme Thierno Alassane Sall, ont qualifié ces fonds de « vol », dénonçant leur absence de vote parlementaire. À l’inverse, El Hadj Momar Samb, secrétaire général de la RTA-S, a critiqué un « opportunisme » de la majorité, rappelant que certains de ses membres avaient occupé des postes élevés sans engager cette réflexion plus tôt.

Une position officielle en faveur de l’encadrement, pas de la suppression

Interrogé sur le sujet, le président Bassirou Diomaye Faye a justifié le maintien de ces fonds, soulignant leur rôle dans le renseignement et la solidarité. Ousmane Sonko, de son côté, a exclu leur suppression mais s’est déclaré favorable à leur encadrement, mentionnant un montant de 1,77 milliard de francs CFA alloué à la Primature.

Cette question est au cœur de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale ouverte le 10 août 2026. Parmi les textes examinés, une proposition de loi vise à encadrer les crédits spéciaux et fonds secrets, tandis qu’un autre texte modifie l’article 37 de la Constitution sur la déclaration de patrimoine du président de la République.

Ce débat, loin d’être clos, met en lumière la tension persistante entre une pratique institutionnelle ancienne et les exigences croissantes de transparence portées par les nouvelles autorités depuis leur arrivée au pouvoir en 2024.