Politique
fraude aurifère au Cameroun : l’État passe à l’offensive
L’écrat inquiétant entre les quantités d’or déclarées et celles exportées a poussé les autorités à agir. Voici comment le Cameroun compte récupérer des milliards de francs cfa perdus.
Un rapport accablant et des pertes colossales
Le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) a révélé un écart préoccupant entre l’or déclaré par les opérateurs et les volumes réellement exportés depuis le Cameroun. Cette situation a entraîné non pas une perte physique de la ressource, mais surtout une perte financière majeure pour l’État.
Les recettes fiscales et douanières, normalement collectées avant toute exportation, n’ont pas été perçues. Chaque kilogramme d’or exporté illégalement prive le Cameroun de ressources indispensables à son développement.
Les autorités ont donc décidé de réagir en engageant plusieurs fronts de redressement.
Deux stratégies de recouvrement mises en place
Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) a lancé deux types d’opérations complémentaires : des actions internes et des démarches externes.
En interne, une équipe mixte composée de la SONAMINES, de la Direction générale des impôts (DGI) et de la Douane s’attaque dès le 1er août aux manquements constatés entre 2023 et 2025. L’objectif est de récupérer les sommes non perçues, notamment auprès des sociétés ayant minoré leurs déclarations ou omis de les faire.
Deux catégories d’entreprises sont particulièrement ciblées :
- Les 51 sociétés qui ont extrait de l’or par des méthodes traditionnelles et sous-déclaré leur production
- Les 33 sites utilisant de nouvelles techniques d’extraction, dont la production n’a jamais été déclarée
Ces redressements devraient permettre de récupérer au moins 300 milliards de francs cfa, un montant bien supérieur aux 165 milliards de pertes estimées dans le rapport ITIE de 2023.
À l’international, le Cameroun collabore avec les autorités des Émirats arabes unis pour identifier les acteurs ayant exporté de l’or camerounais entre 2023 et 2026. L’État cherche ainsi à récupérer les centaines de milliards de francs cfa qui lui sont dus.
Vers une meilleure maîtrise de la filière aurifère
Ces opérations de redressement marquent le début d’une stratégie plus large visant à sécuriser les recettes de la filière or. Le Cameroun mise sur deux leviers principaux :
- Le renforcement des contrôles avec l’appui d’une société d’expertise internationale
- La collecte systématique des taxes et impôts à la source, directement par les administrations fiscales et douanières, en collaboration avec la SONAMINES
Selon la cellule de communication du MINMIDT, ces mesures permettront d’éliminer définitivement les écarts de déclaration constatés et d’assurer une collecte transparente et efficace de l’ensemble des recettes liées à l’or.
