frontières ouvertes et lutte contre Ebola en RDC : l’ONU insiste sur la coopération régionale
Avec plus de 3 000 cas confirmés et près de 1 500 décès enregistrés récemment, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s’étend à un rythme alarmant. Les spécialistes sanitaires tirent la sonnette d’alarme : la propagation du virus dépasse largement la capacité actuelle de réponse des équipes médicales.
Selon Julien Harneis, coordinateur principal des Nations unies pour la lutte contre Ebola, la transmission du virus s’accélère de manière « exponentielle », avec un doublement des cas tous les 20 jours. Cette escalade dépasse largement les efforts déployés pour contenir l’épidémie.
Pourquoi maintenir les frontières sans restrictions ?
Face à cette crise sanitaire, plusieurs pays voisins avaient instauré des mesures strictes, voire des fermetures de frontières, pour limiter les risques d’importation du virus. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’ONU recommandent vivement de maintenir les passages transfrontaliers ouverts.
Le Rwanda, par exemple, avait initialement interdit l’entrée aux voyageurs ayant séjourné en RDC, avant de réviser sa position début juillet. Les contrôles sanitaires renforcés, incluant le lavage des mains et la prise de température, ont permis une réouverture partielle des postes-frontières.
L’Ouganda, de son côté, avait temporairement suspendu certains passages vers la RDC, tout en autorisant le transit des convois humanitaires, des forces de sécurité et des marchandises essentielles. Le Canada a également adopté une approche restrictive en fermant ses frontières aux ressortissants ayant séjourné en RDC au cours des trois dernières semaines.
Cependant, selon les experts, ces restrictions risquent d’aggraver la situation. Les fermetures de frontières pourraient pousser les populations à emprunter des voies non contrôlées, rendant la surveillance épidémiologique encore plus difficile. De plus, elles entravent l’acheminement du matériel médical et compliquent le travail des équipes sanitaires sur le terrain.
Ebola aggrave la crise alimentaire en Ituri
L’épidémie frappe de plein fouet l’Ituri, épicentre de la crise, où près de deux millions de personnes dépendent de l’aide alimentaire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) qualifie cette situation de « crise dans la crise », soulignant que la propagation d’Ebola exacerbe les difficultés d’accès à la nourriture.
Butoto Bigiri Naum, responsable de l’ONG « Action pour le développement et le bien-être des communautés » (UGEAFI), explique que de nombreux patients ne bénéficient pas d’une prise en charge médicale adéquate. Leurs familles assument souvent les soins, ce qui accentue la pression sur les ressources locales. « Les restrictions frontalières perturbent les approvisionnements en semences et en outils agricoles, rendant encore plus difficile la survie des communautés rurales », précise-t-il.
Les chiffres du PAM révèlent une réalité préoccupante : plus de 2,65 millions de personnes en RDC souffrent d’une insécurité alimentaire aiguë, dont 628 000 en situation d’urgence. Les femmes enceintes et les enfants sont particulièrement vulnérables. La hausse des prix des denrées alimentaires, due à la rareté des produits sur les marchés, aggrave davantage leur situation.
L’impact d’Ebola sur l’agriculture est double : d’une part, les restrictions de circulation limitent l’accès aux intrants, et d’autre part, la crainte de la contagion pousse les agriculteurs à abandonner leurs terres. À long terme, ces abandons pourraient entraîner une baisse des récoltes et, par conséquent, une aggravation de la famine.
Une réponse intégrée pour contrer la crise
Pour limiter les conséquences de cette double crise, le PAM distribue une aide alimentaire ciblée : patients atteints d’Ebola, personnes en contact avec des infectés, intervenants de première ligne et ménages vulnérables. Cette assistance vise à faciliter le respect des mesures sanitaires tout en soulageant les familles confrontées à des besoins alimentaires de base non satisfaits.
L’aide alimentaire joue également un rôle clé dans la réduction des déplacements de population en quête de nourriture. Elle crée un environnement plus stable, propice à l’intervention des acteurs de santé et à la mise en œuvre des programmes de lutte contre Ebola.
