Depuis plusieurs années, le Gabon affichait des avancées notables en matière de développement humain. Pourtant, depuis 2021, une dégradation alarmante de l’Indice de développement humain (IDH) a été observée. Selon les dernières données disponibles, le pays est passé d’un IDH de 0,704 en 2020 à 0,693 à partir de 2021, le faisant basculer de la catégorie des pays à développement humain élevé vers celle des pays à développement humain moyen. Cette chute brutale révèle les failles d’un modèle économique encore trop dépendant des revenus pétroliers, incapable de résister aux chocs externes et internes.
Plusieurs facteurs expliquent ce recul. La pandémie de Covid-19 a profondément affecté les secteurs clés de la santé, de l’éducation et des revenus des ménages. Parallèlement, la volatilité des prix du pétrole, la baisse des investissements publics et les incertitudes politiques liées à la transition institutionnelle de 2023 ont aggravé la situation. Les périodes de stagnation économique observées depuis les années 2000 illustrent, elles aussi, les limites d’une économie encore largement basée sur l’exploitation des ressources naturelles, sans réelle préparation aux crises.
Des défis structurels qui freinent le progrès social
Le constat dressé par les experts est sans appel : le Gabon fait face à des insuffisances structurelles qui entravent son développement. Malgré une légère hausse de l’espérance de vie, celle-ci reste en deçà de celle des autres pays classés à développement humain élevé, en raison notamment des inégalités territoriales dans l’accès aux soins et de l’augmentation des maladies chroniques. Le système éducatif, quant à lui, peine à atteindre des résultats satisfaisants, avec un faible taux de scolarisation au niveau du secondaire, un déséquilibre persistant entre les formations proposées et les besoins du marché du travail, et un taux de décrochage scolaire préoccupant. Enfin, le revenu national brut par habitant, très sensible aux fluctuations économiques, confirme l’absence d’une diversification économique suffisante pour garantir une stabilité durable.
Pour inverser cette tendance, le Rapport national sur le développement humain (RNDH 2026) insiste sur la nécessité d’une transformation radicale du modèle économique gabonais. Les recommandations des spécialistes convergent vers plusieurs axes prioritaires : réduire la dépendance aux hydrocarbures en accélérant la diversification des activités économiques, renforcer les investissements dans les secteurs de la santé et de l’éducation, adapter les formations professionnelles aux exigences du marché, et faire de l’emploi des jeunes ainsi que de l’entrepreneuriat les piliers d’une croissance plus inclusive. Selon eux, seule une politique axée sur le capital humain, l’innovation et une répartition équitable des richesses pourra permettre au Gabon de retrouver une trajectoire ascendante et durable.
