Le président gabonais, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, a marqué l’histoire récente des relations franco-africaines lors d’une visite d’État en France. Pendant trois jours, les discussions avec son homologue Emmanuel Macron ont porté sur des enjeux majeurs : la refonte du rôle du Camp de Gaulle et la relance économique du Gabon via la transformation locale de son manganèse. Une approche qui allie fermeté souverainiste et pragmatisme, loin des postures radicales observées ailleurs sur le continent.
Camp de Gaulle : vers une souveraineté militaire mesurée
La question sécuritaire a occupé une place centrale lors des échanges entre les deux chefs d’État. Le Camp de Gaulle, symbole de la présence militaire française au Gabon depuis des décennies, fait l’objet d’une renégociation en profondeur. Les effectifs des Éléments français au Gabon (EFG) ont déjà été réduits dans le cadre d’un redéploiement régional, mais Libreville refuse une expulsion brutale.
L’ambition gabonaise ? Transformer ce site en un pôle de formation sous cogestion ou, à défaut, limiter la présence française à un rôle minimal : coopération technique et lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée. Une stratégie qui vise à réaffirmer la souveraineté nationale sans sacrifier les canaux de sécurité essentiels. De son côté, la France cherche à préserver son influence tout en évitant de reproduire les erreurs commises dans d’autres pays de la région.
Manganèse : le Gabon mise sur l’industrialisation locale
L’économie gabonaise, deuxième producteur mondial de manganèse, entend tourner la page du modèle extractiviste hérité de la colonisation. Jusqu’ici, le minerai était majoritairement exporté brut. Mais lors de cette visite, Brice Clotaire Oligui Nguema a imposé un changement radical : la transformation locale des ressources minérales.
Le Gabon exige désormais un partage équitable de la valeur, la création d’emplois qualifiés pour les jeunes, et un soutien technologique et financier pour développer des industries à haute valeur ajoutée. Objectif ? Profiter pleinement de la transition énergétique mondiale, où le manganèse est un acteur clé pour les batteries électriques. Une démarche qui s’adresse autant aux industriels français qu’aux partenaires internationaux comme la Chine ou la Turquie.
Libreville contre l’AES : une diplomatie du juste milieu
Cette visite d’État illustre une approche diplomatique distincte de celle adoptée par les juntes du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso). Alors que ces dernières ont choisi la rupture spectaculaire avec l’Occident, le Gabon mise sur la négociation discrète et la diversification des partenariats.
Sans céder aux discours anti-français ou aux postures isolatrices, Libreville démontre qu’une affirmation souveraine peut rimer avec pragmatisme. En maintenant un dialogue exigeant avec Paris tout en explorant de nouveaux horizons (Inde, Chine, Turquie), le Gabon montre que le souverainisme n’implique pas nécessairement l’effondrement économique ou diplomatique.
Libertés numériques : un point noir pour le régime
Malgré les avancées sur la scène internationale, le Gabon peine à convaincre sur le plan intérieur, notamment en matière de libertés démocratiques. Les restrictions répétées d’accès aux réseaux sociaux, justifiées par la lutte contre la désinformation, suscitent l’inquiétude des défenseurs des droits humains et de l’opposition.
Ces mesures, perçues comme une tentative de verrouillage autoritaire, remettent en cause les promesses d’ouverture du régime. Lors des discussions, la France a d’ailleurs rappelé discrètement l’importance du respect des libertés fondamentales. Un équilibre délicat pour Oligui Nguema : concilier stabilité interne et crédibilité internationale.
Vers un Gabon plus souverain et résilient ?
À l’issue de cette visite, les engagements pris par le Gabon dessinent une feuille de route ambitieuse : souveraineté militaire, industrialisation locale et diversification des partenariats. Reste à voir si ces promesses se concrétiseront sur le terrain.
Pour que cette stratégie porte ses fruits, le pouvoir gabonais devra aussi rassurer sur le plan interne. Garantir la liberté d’expression et éviter les dérives autoritaires sera essentiel pour bâtir une transition réussie. Entre héritage colonial et aspirations modernes, le Gabon écrit une nouvelle page de son histoire, où l’équilibre entre fermeté et ouverture sera déterminant.
