Un ancien haut responsable malien rejoint la coalition d’opposition pour un Mali unifié

Ancien ministre sous le régime du général Moussa Traoré entre 1986 et 1988, Hamma Ag Mahmoud a marqué l’histoire politique du Mali comme préfet de plusieurs régions clés : Sikasso, Koulikouro, Ségou, Gao et Tombouctou. Mais son parcours a pris un tournant décisif en 2011 lorsqu’il a choisi l’exil en Mauritanie jusqu’à son engagement récent auprès du mouvement indépendantiste MNLA. Son retour sur la scène publique s’accompagne aujourd’hui d’une adhésion remarquée : celle à la Coalition des forces pour la République (CFR), pilotée par l’imam Dicko.
Une alliance née d’un constat d’échec national
Dans un entretien exclusif, Hamma Ag Mahmoud dresse un bilan sans concession de la situation au Mali. « Le pays traverse une crise sans précédent, en plein délitement institutionnel », déclare-t-il. Pour l’ancien haut fonctionnaire, la solution réside dans une mobilisation collective autour d’un projet de société fédérateur. « Il est urgent d’organiser une conférence nationale pour corriger les erreurs du passé et tracer une nouvelle voie », insiste-t-il, soulignant que la CFR a déjà posé les bases de ce rassemblement.
Son analyse des racines des crises maliennes est sans ambiguïté : « Les rébellions et l’émergence des groupes jihadistes sont les conséquences directes de l’échec de la classe politique ». Selon lui, les Maliens aspirent à un projet politique inclusif, capable de transcender les divisions actuelles.
Dialogue avec les groupes armés : une nécessité controversée
Parmi les propositions de la CFR, la volonté d’engager un dialogue avec les mouvements armés, y compris ceux liés à al-Qaïda, suscite de vives interrogations. Hamma Ag Mahmoud défend cette approche : « Si ces groupes sont associés à un projet commun, nous mettons fin à leurs actions violentes ». Pour lui, la restauration d’une gouvernance transparente et efficace éliminerait les causes profondes des insurrections, qu’elles soient indépendantistes ou jihadistes.
Cette position s’inscrit dans un contexte où le Jnim, groupe jihadiste affilié à al-Qaïda, a récemment adapté son discours pour se présenter comme un acteur politique légitime. Bien que son objectif ultime reste l’instauration de la charia, Hamma Ag Mahmoud croit en la possibilité d’un compromis : « Tous les principes démocratiques – égalité, justice – doivent être appliqués en associant l’ensemble des Maliens ». Une vision qui interroge sur la compatibilité entre un cadre républicain et les aspirations des groupes armés.
Vers une refondation politique au Mali ?
L’adhésion de Hamma Ag Mahmoud à la CFR s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition de l’échiquier politique malien. En critiquant ouvertement les dysfonctionnements du système actuel, il apporte un poids supplémentaire aux revendications portées par cette coalition. Son parcours, marqué par des responsabilités sous des régimes variés et une participation active aux accords de paix de 2015, lui confère une légitimité pour proposer des solutions.
Alors que le débat sur la souveraineté et l’unité nationale s’intensifie, son plaidoyer pour une conférence nationale pourrait relancer la réflexion sur l’avenir du Mali. Entre rejet des solutions radicales et recherche d’un consensus fragile, la route vers une paix durable reste semée d’embûches.
