Considéré comme un expert en désinformation et membre du premier cercle de Vladimir Poutine, l’oligarque Evgueni Prigojine finance la nébuleuse Wagner et supervise ses opérations d’influence en Afrique. Pour étendre son réseau et diffuser ses messages, il s’appuie sur des associations relais comme l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale), dirigée depuis Maputo par l’universitaire mozambicain formé en psychologie José Matemulane. Présidée par Ioulia Afanasieva, une proche collaboratrice de Prigojine, cette structure est directement liée au milliardaire russe et lui permet d’agir en toute discrétion sur le continent africain.
L’Afric entretient des liens étroits avec plusieurs sites panafricanistes, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, basés au Cameroun. Cette dernière chaîne appartient au groupe de presse Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh – qui s’est rendu à deux reprises à Sotchi et affirme avoir rencontré Vladimir Poutine. Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend ouvertement des positions pro-Kremlin dans le conflit ukrainien. Il qualifie le régime de Kiev de « oligarchie criminelle » et son dirigeant, Volodymyr Zelensky, de « voyou ». Sur leurs écrans, ces médias invitent régulièrement des figures comme le militant franco-Béninois Kemi Seba.
Rencontres à Moscou entre Kemi Seba et le Kremlin
Au fil des années, Kemi Seba, fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste, s’est rapproché de plusieurs personnalités russes du premier cercle. Parmi elles, Aleksandr Douguine, un nationaliste connu pour ses positions anti-occidentales et anti-libérales, ainsi que pour son influence auprès de Vladimir Poutine. Dès 2017, Seba avait été reçu par le maître du Kremlin en Russie. Début mars, il a une nouvelle fois rencontré Poutine, avant de s’entretenir avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre des Affaires étrangères chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient. Lors de ce voyage à Moscou, il a également prononcé une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.
Sur Vox Africa, en octobre 2020, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye. Pourtant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque lorsque ce dernier lui a suggéré d’organiser des actions violentes contre des symboles occidentaux, au risque de causer des dommages collatéraux en Afrique. Malgré cette rupture publique, l’activiste continue de partager régulièrement sur les réseaux sociaux des contenus favorables aux thèses du Kremlin.
Kemi Seba a également été invité par Aleksandr Douguine en Russie, où il a participé à des conférences et partagé des plateformes avec des idéologues pro-russes. Ces rencontres, bien que controversées, renforcent son statut d’influenceur clé dans la promotion d’une vision multipolaire et anti-occidentale en Afrique.
Nathalie Yamb, figure pro-russe en Afrique
Proche de Kemi Seba, qui la qualifie de « grande sœur de lutte et de cœur », Nathalie Yamb gravite dans le même réseau : celui de l’Afric. Depuis sa participation remarquée au sommet de Sotchi en octobre 2019, cette Suissesse d’origine Camerounaise s’impose comme l’une des détractrices les plus suivies de la France et de ses alliés sur le continent. Ses prises de position virulentes lui ont valu d’être expulsée de Côte d’Ivoire en décembre 2019.
D’après un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a pris part à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020. Cet événement était co-organisé avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure également liée à Prigojine et dirigée par Alexander Malkevitch, un « journaliste » proche des services de renseignement russes. Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, Nathalie Yamb affiche clairement son soutien à Moscou.
- Nathalie Yamb est membre du parti ivoirien Lider, dont le compte Twitter relaie activement la propagande pro-russe depuis le début du conflit. Bien que son fondateur, Mamadou Koulibaly, ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, il s’est rendu à Bamako mi-mars pour soutenir la junte malienne, elle-même pro-russe.
- Dans une interview à Vox Africa, Koulibaly a expliqué avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et souhaité « violer l’embargo et soutenir les populations et les jeunes qui luttent pour affirmer leur souveraineté ».
Adama Diarra, porte-parole pro-russe au Mali
Adama Diarra, alias « Ben le cerveau », est l’une des figures les plus actives de la présence russe au Mali. Porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-Kremlin, il avait confirmé dès septembre 2021 l’existence de négociations en cours entre le pouvoir malien et le réseau Prigojine concernant la signature d’un contrat avec la nébuleuse Wagner.
« Cinquante experts militaires russes sont au Mali depuis plus d’un mois. Ils ont rendu une expertise », avait précisé ce membre du Conseil national de transition (CNT), très engagé en faveur de la junte malienne. Depuis l’automne 2021, Ben le cerveau est à l’origine de presque toutes les manifestations pro-russes organisées à Bamako.
- Il supervise l’organisation de rassemblements en soutien à Moscou.
- Il est également porte-parole de mouvements locaux qui défendent les positions du Kremlin.
Radio pro-Kremlin à Bangui : le cas de Lengo Songo
En République centrafricaine, l’un des relais médiatiques principaux du Kremlin est Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo. Cette dernière serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner dans le pays et dirigée à l’origine par Evgueni Khodotov, un fidèle collaborateur de Prigojine.
Les contenus de cette radio, très suivie en Centrafrique, mettent régulièrement en avant les propos d’acteurs clés de la présence russe à Bangui. Parmi eux, l’ancien ambassadeur russe Vladimir Titorenko, l’ex-conseiller à la présidence Valeri Zakharov, le sociologue Maksim Shugaley ou encore Aleksandr Ivanov, le patron de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi).
Sur les ondes de Lengo Songo, les interventions de personnalités de la société civile centrafricaine, très pro-Vladimir Poutine et pro-Faustin-Archange Touadéra, sont régulièrement diffusées. Parmi ces acteurs engagés, on retrouve Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale » (très pro-Moscou), ainsi que Harouna Douamba, président de « Aimons notre Afrique », une association financée par Lobaye Invest. Ces deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.
En Afrique du Sud, les réseaux sociaux relais des positions pro-russes se multiplient. Ainsi, le compte Twitter (plus de 200 000 abonnés) attribué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, est le premier à avoir popularisé dans le pays le hashtag #istandwithrussia. Depuis le début de la guerre, des milliers de contenus associés y dénoncent l’action de l’OTAN et l’impérialisme occidental.
D’autres figures locales en Afrique du Sud relayent également les messages pro-Moscou, notamment parmi les militants anti-occidentaux et les partisans d’une vision multipolaire du monde.
- L’Afric, présidée par Ioulia Afanasieva, est directement liée à Evgueni Prigojine.
- Kemi Seba, proche d’Aleksandr Douguine, multiplie les déclarations pro-Kremlin.
- Nathalie Yamb, surnommée la « dame de Sotchi », est expulsée de Côte d’Ivoire après ses prises de position anti-françaises.
- Au Mali, Adama Diarra dit « Ben le cerveau » confirme la présence de mercenaires de Wagner.
- En Centrafrique, Fred Krock dirige Lengo Songo, une radio pro-russe financée par Lobaye Invest.
- En Afrique du Sud, Duduzile Zuma-Sambudla popularise le hashtag #istandwithrussia.
Ces influenceurs africains, en lien avec des structures russes comme l’Afric ou des personnalités proches du Kremlin (Evgueni Prigojine, Aleksandr Douguine, etc.), jouent un rôle clé dans la diffusion de messages pro-russes, anti-occidentaux ou anti-français sur le continent et à travers le monde.
