Interdiction des motos au Mali : une mesure controversée pour la sécurité

Interdiction des motos au Mali : sécurité vs mobilité

Ravitaillement en carburant à Bamako au Mali en 2025

Dès maintenant et pour une durée d’un an, renouvelable, les motos de grosse cylindrée se voient interdites de circulation en dehors des grands centres urbains du Mali. Cette décision, prise par les autorités de transition, vise principalement à limiter la mobilité des groupes armés terroristes opérant sur le territoire. L’interdiction s’étend également à l’importation, au transit, à la vente et à la distribution de ces véhicules à deux roues sur l’ensemble du pays pour la même période. Pourtant, cette mesure suscite des interrogations, notamment dans les zones rurales où son application pourrait s’avérer complexe.

C’est par le biais d’un arrêté interministériel, annoncé à la télévision nationale en début de mois, que cette restriction a été officialisée. « La circulation des motocyclettes d’une cylindrée de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations est suspendue sur l’ensemble du territoire national », précise le texte. Les grandes villes, districts et chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement sont considérés comme des zones autorisées.

Boulevard animé de Bamako, capitale du Mali

Des exceptions locales possibles

Les gouverneurs de région disposent toutefois d’une marge de manœuvre pour ajuster ou étendre cette interdiction dans les chefs-lieux de cercle, en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire. Un habitant du cercle de Bandiagara, situé au centre du pays, partage son inquiétude quant à la faisabilité de cette mesure dans son environnement. « Dans le pays dogon, ces motos sont indispensables. Nous évoluons dans des zones montagneuses avec des routes escarpées et des pentes raides. Que ce soit pour les Forces armées maliennes, les humanitaires, les paysans ou même les malades transportés vers les centres de santé, ces engins sont irremplaçables », explique-t-il sous couvert d’anonymat.

Un impact sur les activités quotidiennes

À Mopti, toujours dans le centre du Mali, l’inquiétude se lit sur les visages des propriétaires de motos. Beaucoup d’entre eux se rendent régulièrement dans les villages voisins pour leurs activités agricoles, d’élevage ou de pêche. Si certains saluent la mesure pour des raisons de sécurité, d’autres craignent pour leur subsistance. « Je livrais du pain aux habitants des villages éloignés de Mopti. Depuis l’annonce de l’interdiction, j’ai dû renoncer à cette activité », confie un résident local.

Les motos de grosse cylindrée, bien que souvent associées aux groupes armés pour leur mobilité tactique, sont aussi des outils de survie pour de nombreux Maliens. Leur suspension hors des villes prive des milliers de personnes de leur unique moyen de transport, aggravant les défis quotidiens dans un pays déjà fragilisé.

Cette mesure radicale illustre l’ampleur de la crise sécuritaire au Mali, mais elle s’accompagne d’un lourd tribut social. En avril 2026, une attaque d’envergure coordonnée par des groupes djihadistes avait frappé plusieurs villes, rappelant l’urgence d’agir. Pourtant, la question reste entière : comment concilier sécurité et besoins vitaux des populations dans un territoire aussi vaste et diversifié que le Mali ?