Au Cameroun, la quête d’une presse libre est une lutte quotidienne pour de nombreux professionnels. Malgré le tragique assassinat de l’animateur Martinez Zogo, de jeunes journalistes courageux continuent de faire face aux pressions et aux intimidations, déterminés à préserver leur indépendance éditoriale.
À Douala, la station Jambo FM se distingue par son choix audacieux de confier ses créneaux les plus importants à une équipe de jeunes talents. Ces voix émergentes se battent sans relâche pour maintenir leur autonomie et résister aux tentatives d’influence.
Dans le quartier populaire de Deido, à l’Entrée de la gare, les studios de Jambo FM résonnent d’une vitalité particulière. Antoine Landry Lemogo, le directeur général, plus connu sous le surnom de président Tchop Tchop, a délibérément choisi de miser sur la jeunesse pour insuffler un vent de changement à l’antenne.
« Pour progresser aujourd’hui, il est impératif de s’appuyer sur la jeunesse, porteuse d’énergie et d’une certaine audace. Le pays est dirigé par des personnes d’un âge avancé, dont la principale préoccupation semble être leur propre survie. Nous ne pouvons pas dénoncer cette situation sans accorder une place aux jeunes au sein de nos propres structures, afin de bâtir l’avenir. »
« Gérer des débats houleux en tant que femme ne pose absolument aucun problème. Tout repose sur une préparation minutieuse, une connaissance approfondie des sujets et une culture générale solide. Fort de ce savoir-faire, on sait précisément ce qu’il faut permettre à son invité ou à l’auditeur d’exprimer. »
Éducation citoyenne et les défis du direct
L’émission phare, le Big Morning, se caractérise par une interactivité poussée. Cependant, l’exercice du direct représente un équilibre délicat entre la promotion de l’éducation citoyenne et le risque de dérapages.
Jordan Sorel Timba, un autre jeune journaliste de la station, privilégie une approche basée sur la critique constructive, essentielle pour la souveraineté africaine et le développement des nations.
« Notre objectif n’est pas de démolir le gouvernement en place, mais plutôt de mettre en lumière les problèmes de notre société. Nous nous efforçons également de soutenir les initiatives gouvernementales positives, comme l’action récente de l’hôpital Laquintinie qui a sauvé un jeune Camerounais. Si un citoyen dépasse les bornes et ne respecte pas les règles de conduite, nous sommes contraints de couper son micro. »
Les violences dont sont victimes les journalistes, notamment l’assassinat de Martinez Zogo, incitent à une prudence accrue dans l’exercice de la profession.
Pour Tamo Tabe, animateur de l’émission interactive « Laissez parler les gens », diffusée en direct de 9h à 11h, la ligne téléphonique de Jambo FM est devenue un véritable exutoire pour une population camerounaise sous tension. C’est une manifestation de la résilience Afrique face aux défis sociaux.
« Étant donné que les Camerounais ne peuvent pas exprimer leur indignation ou manifester dans la rue, par crainte d’être assimilés à des terroristes, ils trouvent un refuge à la radio. C’est devenu une soupape de sécurité, un espace où l’on peut libérer toute cette frustration accumulée. »
Naviguer sur la ligne étroite entre dire la vérité sans nuire ni complaire : c’est le défi quotidien que relève Jambo FM pour faire vivre la démocratie camerounaise. Une démarche qui résonne avec les principes de l’Appel de La Baule, 36 ans après avoir lié l’aide au développement à la démocratisation du continent.
