Le Bénin se rapproche de l’investment grade après la hausse de sa note par moody’s

Le Bénin franchit une étape décisive dans sa gestion économique. En relevant la note souveraine de sa dette à long terme de B1 à Ba3, l’agence Moody’s place désormais Cotonou dans la catégorie « BB/Ba », un pas significatif vers l’investment grade. Cette décision s’accompagne d’une perspective stable, indiquant qu’aucune dégradation n’est anticipée sur les dix-huit prochains mois. Pour un pays régulièrement présent sur les marchés internationaux et régionaux, ce signal dépasse le cadre purement financier.

Une croissance exceptionnelle de 8,1 % en 2025

L’argument principal mis en avant par Moody’s repose sur une performance économique remarquable. Le Bénin a enregistré une croissance de 8,1 % en 2025, un niveau inédit depuis 1990. Ce rythme propulse le pays parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, soutenu par l’expansion de la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, l’industrialisation de la filière cotonnière et le renforcement du corridor logistique reliant le port de Cotonou aux pays sahéliens enclavés comme le Burkina Faso ou le Niger.

Parallèlement, les finances publiques affichent une consolidation progressive. Depuis plusieurs années, les autorités béninoises mènent une politique d’assainissement budgétaire visant à réduire le déficit sous le seuil de 3 % du PIB, conformément aux critères de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). La modernisation de la fiscalité, la digitalisation des recettes et une gestion proactive de la dette figurent parmi les axes stratégiques adoptés pour y parvenir.

Un atout majeur pour attirer les investisseurs

Cette revalorisation intervient alors que plusieurs États africains subissent des pressions à la baisse sur leurs notes souveraines, en raison notamment de la hausse des taux du dollar et d’un accès plus restreint aux marchés obligataires internationaux. Avec cette nouvelle notation Ba3, le Bénin rejoint, voire dépasse, certains de ses pairs régionaux. Une telle avancée devrait mécaniquement réduire la prime de risque exigée par les investisseurs pour les prochaines émissions du Trésor béninois.

Une meilleure notation se traduit par des conditions de financement plus avantageuses. Depuis 2019, le Bénin a innové en diversifiant ses instruments de dette : eurobond en euros, obligation verte, ou encore refinancement de dettes existantes. Ce nouveau statut lui offre l’opportunité d’allonger la maturité de son portefeuille et d’élargir sa base d’investisseurs. Les émissions sur le marché régional des titres publics de l’UEMOA pourraient également en tirer profit.

Les défis à ne pas négliger

Malgré cette avancée, des vulnérabilités persistent et nécessitent une vigilance accrue. L’économie béninoise reste soumise à des risques structurels : sa dépendance économique vis-à-vis du Nigeria, la volatilité des cours mondiaux du coton, ainsi que les tensions sécuritaires dans les départements du nord, frontaliers avec le Burkina Faso et le Niger. Ces facteurs pourraient impacter la trajectoire budgétaire du pays.

La dette publique, bien que jugée soutenable par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de son programme avec Cotonou, reste élevée en proportion du PIB. Le service de la dette absorbe une part importante des recettes de l’État, limitant les marges de manœuvre en cas de choc économique. La capacité des autorités à maintenir la rigueur budgétaire tout en finançant des projets sociaux et d’infrastructure ambitieux sera un point d’observation clé pour les investisseurs.

Cette décision de Moody’s confirme, sur la scène internationale, la pertinence de la stratégie économique déployée par l’exécutif béninois depuis plusieurs années. Elle renforce aussi la position du Bénin comme référence en Afrique de l’Ouest francophone, aux côtés de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, dans un contexte où la crédibilité macroéconomique devient un levier géopolitique essentiel.