Dans une tribune récente, le cinéaste Jean Pierre Bekolo alerte sur les conséquences d’un Cameroun privé de Paul Biya. Selon lui, l’absence de ce dernier aggraverait une crise déjà palpable, où l’autorité symbolique du président continue de masquer des failles profondes.
Un système à bout de souffle
Les signes d’un dysfonctionnement structurel s’accumulent au Cameroun. Chaque jour, des révélations mettent en lumière des dysfonctionnements institutionnels et des luttes d’influence au sein de l’État. Les Camerounais assistent, impuissants, à l’effritement progressif de la légitimité des responsables politiques, dont l’autorité ne tient plus que par la présence de Paul Biya.
Pour Bekolo, « le Cameroun est déjà entré dans une période de contestation permanente, où les médias, les réseaux sociaux et les rivalités claniques jouent un rôle central ». Pourtant, cette agitation reste contenue tant que l’ombre de Paul Biya plane sur le pays. Son départ, même symbolique, pourrait déclencher une crise bien plus grave.
Des institutions sous pression
L’opinion publique camerounaise s’interroge de plus en plus sur le rôle des proches du pouvoir dans la gestion des ressources nationales. Des déclarations controversées, comme celle d’un ministre des Mines sur l’exploitation de l’or, ont alimenté les soupçons d’une captation des richesses par des intérêts particuliers. De même, le Conseil constitutionnel, perçu comme un outil politique, a vu sa crédibilité s’effondrer aux yeux des citoyens.
Les ministères, autrefois garants de la stabilité, peinent désormais à répondre aux attentes des populations. Leurs dirigeants, malgré leur incapacité à agir, conservent leurs privilèges, tandis que des postes clés, comme celui de vice-président, sont créés dans des conditions opaques. La multiplication des actes signés par délégation renforce l’idée d’un système où les décisions échappent aux institutions traditionnelles.
Le chaos comme seule issue ?
Sans Paul Biya, affirme Bekolo, « plus personne ne sera véritablement respecté dans ce pays ». Les rivalités actuelles, limitées à des luttes d’influence, pourraient basculer dans une phase bien plus violente. Les clans en compétition, incapables de se rassembler, risquent d’engendrer des affrontements graves, voire des assassinats politiques.
Les institutions, déjà fragilisées, ne pourront plus jouer leur rôle. Les voix dissidentes au sein même de l’État se multiplieront, tandis que les finances publiques sombreront dans le chaos. Chaque décision sera contestée, chaque nomination suspectée, plongeant le pays dans une instabilité chronique.
La transition : une nécessité urgente
Face à cette situation, Bekolo plaide pour une solution pacifique et responsable : la transition. Il propose la formation d’un gouvernement provisoire, dont la mission serait de rétablir la confiance, réformer les institutions et organiser des élections transparentes. « Leur dernier service au Cameroun ne consiste plus à conserver le pouvoir, mais à organiser la transition », souligne-t-il.
Toute manœuvre visant à prolonger artificiellement le système actuel ne ferait qu’aggraver la crise. Les Camerounais doivent exiger des changements profonds, sous peine de voir le chaos s’installer durablement. La sagesse commande de préparer l’après-Biya, avant que le pays ne sombre dans l’instabilité.