Pourquoi l’AES et l’Africa Corps peinent à endiguer la menace jihadiste au Sahel ?
Depuis plusieurs mois, les capitales du Sahel — Bamako, Ouagadougou et Niamey — assistent, impuissantes, à une recrudescence des attaques jihadistes. L’attaque dévastatrice de Dioura, au Mali, a révélé les limites criantes de la stratégie sécuritaire mise en place par l’Alliance des États du Sahel (AES) et ses partenaires russes. Une question se pose désormais avec une urgence accrue : comment ces États, malgré leurs alliances militaires, peuvent-ils contrer une insurrection qui gagne du terrain chaque jour ?
Dioura, un symbole des failles sécuritaires au Mali
Le camp militaire de Dioura, dans le centre du Mali, est devenu le théâtre d’une offensive jihadiste sans précédent. Revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), cette attaque a causé la mort d’au moins 100 soldats maliens et de cinq membres de l’Africa Corps. Les chiffres, bien que contestés, illustrent l’ampleur des pertes subies. Mais au-delà du bilan humain, c’est la capacité des jihadistes à s’emparer d’armes, de munitions et de véhicules qui inquiète le plus : une base militaire transformée en source de ravitaillement pour l’ennemi est un aveu d’échec pour les forces maliennes.
Une pression jihadiste qui s’étend jusqu’aux portes de Bamako
Les semaines qui ont suivi l’attaque de Dioura ont été marquées par une série d’opérations contre des positions militaires stratégiques. Konna et Sévaré, des zones clés pour la défense du pays, ont été ciblées. À Sévaré, des drones kamikazes ont frappé une base abritant des drones turcs Bayraktar et des hélicoptères russes, symbole des ambitions technologiques des forces maliennes. Pire encore, les jihadistes ont démontré leur capacité à frapper des axes stratégiques menant vers la capitale, Bamako. Cette évolution est alarmante : l’enjeu n’est plus seulement de sécuriser des zones rurales reculées, mais de protéger les centres vitaux du pays.
L’Africa Corps : une solution ou un nouveau défi pour le Sahel ?
Avec le retrait des forces françaises et de la mission de l’ONU, le Mali a choisi de se tourner vers Moscou pour renforcer sa sécurité. L’Africa Corps, intégré au ministère russe de la Défense, devait incarner un nouveau départ : des effectifs estimés à plusieurs milliers d’hommes, des équipements modernes et une stratégie plus offensive. Pourtant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des attentes.
Les revers de 2026 : des attaques qui questionnent l’efficacité russe
Avril 2026 a marqué un tournant avec une offensive coordonnée du JNIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA), frappant plusieurs villes et bases militaires. En juillet, une embuscade près d’Anéfis a encore infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et à leurs alliés russes. Ces revers soulèvent une interrogation majeure : une force étrangère, même dotée d’avions, d’hélicoptères et de drones, peut-elle compenser les faiblesses structurelles d’une armée nationale face à une insurrection aussi déterminée ?
Des méthodes controversées et un coût humain élevé
L’efficacité de l’Africa Corps ne se mesure pas seulement à sa puissance de feu. Des accusations de frappes ayant causé la mort de civils — notamment à Kyrnia et Bombori — ont jeté une ombre sur les méthodes employées. Si ces allégations sont parfois contestées, elles alimentent un climat de méfiance envers les opérations militaires, essentielles dans une guerre asymétrique où la protection des populations et le renseignement local sont tout aussi cruciaux que la supériorité technologique.
L’AES : une alliance sous pression face à une insurrection durable
L’Alliance des États du Sahel avait pour ambition de renforcer la coopération régionale en matière de sécurité. Pourtant, la réalité est tout autre : malgré les annonces, les groupes jihadistes continuent de profiter des failles des dispositifs militaires. Le JNIM, responsable de la majorité des violences dans la région, illustre cette persistance. Les stratégies de mobilité, d’usure et d’attaques coordonnées des jihadistes rendent toute réponse militaire classique insuffisante.
Le Burkina Faso et le Niger dans la ligne de mire
Le problème ne se limite pas au Mali. Le Burkina Faso et le Niger font face à une activité jihadiste croissante, avec des milliers de morts enregistrés ces dernières années. Les violences liées aux groupes islamistes militants ont atteint des niveaux critiques, et les alliances changeantes de ces groupes compliquent encore davantage la tâche des armées locales. Une coopération régionale renforcée est plus que jamais nécessaire, mais les divides politiques et les rivalités internes freinent cette dynamique.
Vers une réévaluation de la stratégie sécuritaire au Sahel ?
L’attaque de Dioura n’est pas qu’un revers tactique : elle interroge la viabilité même du modèle sécuritaire de l’AES. Les gouvernements de la région misent sur des partenariats étrangers pour renforcer leurs capacités, mais ces alliances ne suffisent pas à inverser la tendance. La véritable efficacité se mesurera à leur capacité à protéger durablement leurs soldats, leurs populations et leurs territoires.
Pour l’instant, les signes sont inquiétants : les jihadistes continuent de reprendre l’initiative, les populations civiles paient le prix fort, et la confiance dans les institutions s’effrite. Si l’AES veut prouver sa légitimité, elle devra rapidement repenser sa stratégie. L’enjeu n’est plus seulement militaire, mais bien existentiel pour le Sahel.
