À l’approche imminente de la Coupe du monde (débutant le 11 juin), l’équipe de France, sous la houlette de Didier Deschamps, s’apprête à disputer ses ultimes rencontres amicales face à la Côte d’Ivoire et l’Irlande du Nord. Historiquement, ces matchs de préparation ont souvent réservé leur lot de surprises aux Bleus, sans pour autant prédire l’issue de la compétition.
Avant de s’envoler le 9 juin pour les États-Unis, où leur parcours en Coupe du monde débutera le 16 juin à 21 heures contre le Sénégal, les Tricolores affronteront la Côte d’Ivoire à Nantes ce jeudi, puis l’Irlande du Nord à Lille le 8 juin. Ces deux confrontations s’inscrivent dans la longue tradition des ultimes tests pour l’équipe de France. Nous revenons ici sur dix de ces moments marquants, des galops d’essai qui n’ont pas toujours été couronnés de succès.
Le drame de Cissé, l’échec de Zidane
France-Chine, le 7 juin 2006
L’image reste gravée dans les mémoires. Sur la pelouse de Geoffroy-Guichard, Djibril Cissé, titularisé par Raymond Domenech, est fauché dès son premier ballon par le capitaine chinois Zheng Zhi. Sa chute entraîne une double fracture tibia-péroné à la jambe droite, un scénario malheureusement déjà vécu en novembre 2004 avec Liverpool. Ce jour-là, Zinédine Zidane manque également le seul penalty de sa carrière en sélection. Il se rachètera brillamment lors de la phase finale, transformant deux penalties cruciaux contre le Portugal en demi-finale (1-0) et l’Italie en finale, avec une audacieuse panenka (1-1, 4-3 aux t.a.b.).

Résultat à la phase finale : finalistes.
Les ailes brisées et la cuisse en souffrance
Corée du Sud – France : 2-3, le 26 mai 2002
Onze jours seulement après avoir soulevé la Ligue des champions avec le Real Madrid grâce à sa volée légendaire contre Leverkusen (2-1), Zinédine Zidane, bénéficiant d’un congé exceptionnel pour la naissance de son deuxième enfant, rejoint les Bleus déjà installés à Ibusuki au Japon. Face à la Corée du Sud, hôte des champions du monde et d’Europe à Suwon, un Zidane visiblement fatigué se blesse à la cuisse gauche. Cette blessure deviendra le sujet central de toutes les discussions autour de l’équipe de France, éclipsant le véritable enjeu : leur premier adversaire, le Sénégal. Ce fut le prélude à une campagne difficile pour la formation de Roger Lemerre.

Résultat à la phase finale : élimination au premier tour.
L’« assassin » et le numéro 21
Finlande-France : 0-1, le 5 juin 1998
Malgré la victoire grâce à un but de David Trezeguet, un incident majeur secoue l’équipe de France d’Aimé Jacquet à Helsinki. Après une occasion gâchée, Christophe Dugarry est qualifié d’« assassin » en direct par Jean-Michel Larqué. Profondément vexés, les Bleus refuseront de se présenter sur le plateau de Téléfoot le lendemain. Une semaine plus tard, Stéphane Guivarc’h, malgré ses 47 buts toutes compétitions confondues cette saison-là, est préféré à Dugarry pour le match d’ouverture du Mondial contre l’Afrique du Sud. Mais c’est son remplaçant, Duga, portant le maillot numéro 21, qui marquera les esprits.
Résultat à la phase finale : champions du monde.
Une farce en trois actes
France-Guatemala : 8-1, le 21 mai 1986
À Tlaxcala, au Mexique, à 2 230 mètres d’altitude, le sélectionneur Henri Michel est exaspéré de voir ce match d’entraînement non officiel contre le Guatemala télévisé. Il décide alors de le découper en trois tiers-temps, portant la durée totale à 98 minutes. Sur un terrain accidenté, les Français évoluent en rouge, et le coup d’envoi est donné à… midi et quart. Jean Tigana dénonce des « publicitaires de haut niveau [qui] nous imposent de jouer à midi », et les joueurs réclameront une part des droits de diffusion.

Résultat à la phase finale : 3e place.
Entre protestations et chambrage
France-Tunisie : 2-0, le 19 mai 1978
Une semaine après l’annonce de la liste des 22 joueurs de Michel Hidalgo, qui ne comprenait pas Albert Gemmrich malgré son but la veille contre l’Iran (2-1), les Bleus accueillent la Tunisie à Villeneuve-d’Ascq. Une banderole, affichée sous le tableau d’affichage, appelle clairement au boycott du Mondial : « Argentine 1978 : pas de football entre les camps de concentration ». En première période (0-0), les Français semblent méconnaissables, provoquant le chambrage des supporters tunisiens : « Au secours, Platini, au secours ! ». Le numéro 10 nancéen, ménagé après sa victoire en Coupe de France, fait son entrée juste avant la pause et ouvre le score pour une victoire finale 2-0.

Résultat à la phase finale : élimination au premier tour.
Un ultime test en Écosse
Selkirk-France : 2-11, 7 juillet 1966
Pour peaufiner leur préparation en vue de la Coupe du monde en Angleterre, les Français optent pour une série de matchs contre de modestes équipes écossaises, dans l’espoir de donner confiance à leurs attaquants. Après des victoires écrasantes contre Gala Fairydean Rovers (8-1) et Vale of Leithen (8-0), ils affrontent Selkirk dans un match en trois tiers-temps. Cependant, un imprévu survient avec le forfait de Lucien Muller, qui expliquera sa décision : « Je n’ai pas joué ce match car je savais que ma titularisation était exclue dans l’esprit des responsables. » Malgré cela, le sélectionneur Henri Guérin salue « un état d’esprit formidable » au sein de l’équipe.
Résultat à la phase finale : élimination au premier tour.
Just Fontaine, le buteur en pleine ascension
Narke-France : 0-12, 25 mai 1958
En l’absence de Raymond Kopa, libéré par le Real Madrid quatre jours plus tard, les Bleus, sous la direction de Paul Nicolas et Albert Batteux, écrasent une sélection de 3e et 4e division du district de Narke en Suède. Just Fontaine, qui n’avait jusqu’alors marqué que 4 buts en cinq sélections, en profite pour inscrire un quadruplé. Il réitérera cette performance une semaine plus tard face à une sélection « supérieure » de Narke (12-0). Entre-temps, son concurrent pour une place en attaque, René Bliard, subit une grave blessure. C’est ainsi que la légende du recordman de buts en Coupe du monde (13 réalisations) prend son envol.
Résultat à la phase finale : 3e place.
Une équipe de remplaçants
Belgique-France : 3-3, le 30 mai 1954
À un mois de la compétition en Suisse, le sélectionneur Gaston Barreau opère des changements radicaux face à la Belgique, brisant l’ossature en place depuis dix-huit mois. Il écarte cinq cadres, dont René Vignal, Joseph Ujlaki et Roger Piantoni. Au Heysel, il aligne un onze expérimental (seuls 7 joueurs participeront au Mondial), tandis qu’une équipe de France B (avec 6 futurs mondialistes) affronte son homologue espagnole (0-2). Le grand Roger Marche est quant à lui remis en question et absent des deux rencontres. Une période d’essai absurde en termes de cohésion collective.

Résultat à la phase finale : élimination au premier tour.
L’impatience de l’Anglais
Hollande-France : 4-5, le 10 mai 1934
Le nouveau sélectionneur, l’Anglais George Kimpton, fervent adepte du système W.M. (3 défenseurs, 2 inters, 5 attaquants) alors peu répandu en France, tente d’imposer cette tactique à seulement deux semaines du Mondial italien. Mais à Amsterdam, c’est surtout la fragilité de la défense française qui retient l’attention. Regrettant le manque de discipline de ses joueurs, il lancera à Turin, avant France-Autriche (2-3 a.p., élimination dès le premier tour), une phrase restée célèbre à son demi-défensif Georges Verriest, chargé du marquage du stratège autrichien Matthias Sindelar : « S’il va aux toilettes, tu y vas aussi ! »
Résultat à la phase finale : élimination au premier tour.
La croisière royale
France-Roumanie : 4-2, le 10 juillet 1930
Treize jours de traversée à bord du Conte Verde, de Villefranche-sur-Mer à Montevideo, ont sans doute forgé des liens inoubliables. Une semaine après leur arrivée, Français et Roumains s’affrontent amicalement avant de prendre part à la toute première Coupe du monde de l’histoire. Le journal L’Auto, ancêtre de L’Équipe, rapporte brièvement : « La partie dura une heure à la fin de laquelle la France l’emporta par 4 buts à 2 ». Il est à noter que les adversaires des Bleus avaient été personnellement choisis par le roi Carol II, monté sur le trône un mois plus tôt, qui leur avait accordé trois mois de disponibilité avant de reprendre leur emploi.
Résultat à la phase finale : élimination au premier tour.
