L’essor du tourisme au Sahara occidental : un enjeu de souveraineté pour le Maroc

La ville de Dakhla, nichée sur une péninsule où les dunes du désert rencontrent les vagues de l’Atlantique, s’impose désormais comme une destination phare. Avec des offres de vols débutant à des tarifs très compétitifs depuis Madrid et une multiplication d’hébergements allant de l’auberge conviviale au resort de luxe, la région est présentée par les voyagistes comme le nouveau joyau caché du Maroc.

Deux vacanciers européens s'allongent sur des chaises longues au Sahara occidental, tandis qu'un autre fait du kitesurf dans la mer

Pourtant, derrière l’image de carte postale se cache l’un des contentieux territoriaux les plus anciens de la planète. Dakhla se situe au Sahara occidental, un espace que les Nations Unies considèrent toujours comme un territoire non autonome. Actuellement, environ 80 % de cette zone est administrée par le Maroc, qui revendique la pleine souveraineté sur ce qu’il nomme ses « provinces du sud ».

Une croissance touristique fulgurante

Les statistiques révèlent une progression spectaculaire de la fréquentation. Le nombre de visiteurs dans la partie du territoire sous contrôle marocain a bondi de plus de 50 % en quelques années, passant de 490 297 en 2019 à 743 133 en 2025. Cette dynamique est largement portée par le développement des infrastructures de transport. Des transporteurs comme Ryanair, Transavia France et Binter Canarias assurent désormais des liaisons directes depuis de grandes métropoles européennes ou les îles Canaries.

Sur le terrain, l’omniprésence du drapeau marocain et les tampons officiels apposés sur les passeports des voyageurs témoignent de l’administration effective du royaume. Pour certains observateurs, cette effervescence touristique n’en est qu’à ses prémices, avec de nombreux complexes hôteliers encore en phase de construction.

Capture d'écran d'une campagne d'e-mails de Ryanair, faisant la promotion de vols vers le Sahara occidental

La controverse du droit international

Cette promotion active soulève des interrogations juridiques majeures. Des experts en droit international soulignent que l’étiquetage de ces destinations comme faisant partie intégrante du Maroc pourrait être perçu comme une légitimation de l’occupation. Sur les grandes plateformes de réservation telles qu’Expedia, Booking.com ou Trivago, les établissements hôteliers du Sahara occidental sont systématiquement rattachés au Maroc.

Certains spécialistes avertissent que les entreprises ne distinguant pas le statut spécifique de ce territoire s’exposent à des risques de litiges judiciaires. Ces actions pourraient concerner non seulement le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, mais aussi la protection des consommateurs et les règles de concurrence. À noter qu’Airbnb a récemment modifié ses pratiques en cessant de lier ses annonces locales à la souveraineté marocaine.

Tom Ruck prend un selfie devant le poste frontière de Guerguerat entre le Sahara occidental et la Mauritanie. Derrière lui se trouve une grande structure en béton sur laquelle est peint un drapeau marocain.

Un conflit politique persistant

Historiquement, le Sahara occidental était sous domination espagnole jusqu’en 1976. Après le retrait de l’Espagne, un conflit armé a opposé le Maroc au Front Polisario, ce dernier luttant pour l’indépendance. Bien qu’un cessez-le-feu ait été instauré en 1991 sous l’égide de l’ONU, le référendum d’autodétermination prévu n’a jamais été organisé.

Le Front Polisario dénonce aujourd’hui une politique du « fait accompli » par le biais du tourisme, affirmant que ces projets économiques violent les droits inaliénables du peuple sahraoui. De son côté, le Conseil de sécurité des Nations Unies a récemment mis en avant le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme une piste sérieuse de résolution, une position soutenue par les États-Unis depuis 2020.

Une femme âgée portant un foulard bleu et blanc porte un drapeau du Sahara occidental devant d'autres manifestants

Malgré ces avancées diplomatiques pour Rabat, la situation reste complexe. La communauté internationale continue de plaider pour une solution politique acceptée par toutes les parties, tandis que le développement économique du territoire se poursuit à un rythme soutenu.