Au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger, les autorités militaires multiplient les stratégies pour étouffer toute forme de contestation. Pour neutraliser les voix dissidentes, les services de sécurité recourent fréquemment aux enlèvements et aux séquestrations hors de tout cadre légal, une tendance alarmante confirmée par les récents bilans sur les droits humains.
Depuis l’été 2024, le sort de deux figures de proue du Front national pour la défense de la Constitution en Guinée suscite une vive émotion. Mamadou Billo Bah et Oumar Sylla, plus connu sous le nom de « Foniké Menguè », ont été emmenés de force alors qu’ils préparaient une mobilisation citoyenne. Selon des témoignages de rescapés, ces militants auraient été transférés vers des centres de détention secrets dans l’archipel des îles de Loos, au large de Conakry. Malgré les preuves, les officiels continuent de nier toute implication, laissant les familles dans une attente insupportable.
Dans ces circuits de détention opaques, les victimes sont exposées aux pires exactions, loin de toute protection juridique.
Instaurer un climat de terreur parmi les activistes
Les appareils sécuritaires des transitions militaires ciblent prioritairement les acteurs de la société civile jugés trop critiques. Journalistes, magistrats, avocats et défenseurs des libertés sont enlevés par des individus armés, souvent en civil, qui agissent sans mandat. Ces opérations se déroulent en plein jour ou au domicile des victimes, qui sont ensuite transportées les yeux bandés vers des lieux tenus secrets pour subir des interrogatoires prolongés.
Cette méthodologie de la peur s’affranchit totalement des règles judiciaires. Les proches restent sans nouvelles pendant des semaines, tandis que les autorités maintiennent un silence total ou feignent l’ignorance. Parfois, il apparaît que ces citoyens sont séquestrés dans des locaux administratifs détournés de leur fonction. L’objectif est clair : paralyser la résistance civile par l’incertitude et la menace permanente.
Une répression qui s’étend à toute la région
Au Burkina Faso, la situation est particulièrement préoccupante. L’avocat Guy Hervé Kam a ainsi subi cinq mois de captivité illégale en 2024. Plus récemment, en mars 2025, plusieurs cadres du mouvement Sens ont été emmenés par des hommes armés après avoir dénoncé des exactions contre des civils. Le pouvoir reste muet sur leur localisation. Le cas des journalistes est tout aussi tragique : Serge Oulon, Adama Bayala et Kalifara Séré, enlevés en 2024, ont finalement été envoyés de force au front sous couvert de mobilisation générale. Quant à Alain Traoré, alias « Alain Alain », personne ne sait ce qu’il est devenu.
Le Niger n’est pas épargné par ces pratiques. La blogueuse Samira Sabou a disparu pendant une semaine après son arrestation à domicile en 2023. De même, Moussa Tchangari, figure associative majeure, a été détenu au secret avant que ses avocats ne parviennent à localiser son lieu de transfert dans les locaux de la police.

Au Mali, Ibrahim Nabi Togola, leader d’un parti d’opposition, a passé 45 jours dans l’ombre avant de réapparaître. En Guinée, l’inquiétude grandit également pour le journaliste Habib Marouane Camara, porté disparu depuis décembre 2024 après avoir été interpellé par des éléments identifiés comme des gendarmes.
Ces détentions arbitraires servent souvent de prélude à des procès politiques basés sur des dossiers vides.
Le rôle crucial des acteurs de la justice
Dans certains cas, la disparition débouche sur un enrôlement forcé dans l’armée, une pratique punitive de plus en plus courante au Burkina Faso. Des figures de la presse comme Guézouma Sanogo ou Luc Pagbelguem ont ainsi été vus dans des vidéos en tenue de combat après des jours de silence. Cette militarisation de la sanction vise à briser moralement ceux qui osent dénoncer les atteintes à la liberté d’expression.
Il est impératif que les magistrats conservent leur indépendance pour enquêter sur ces crimes.
Malgré les risques, certains magistrats et avocats résistent. En Guinée, le barreau a manifesté son mécontentement en boycottant les tribunaux pour exiger la libération des militants disparus. Au Burkina Faso, des juges ont courageusement ordonné la remise en liberté de détenus politiques, ce qui leur a valu, pour certains, d’être eux-mêmes envoyés de force au front en guise de représailles.
La survie de l’État de droit en Afrique de l’Ouest dépend désormais de la capacité de ces acteurs judiciaires à tenir tête à l’arbitraire. Un soutien international vigoureux est indispensable pour protéger ceux qui, au péril de leur vie, tentent de faire la lumière sur le sort des nombreux citoyens toujours portés disparus.
