Le gouvernement béninois a engagé une action déterminée contre le commerce des produits dépigmentants. À compter du 5 mai dernier, une interdiction formelle de vente de crèmes, lotions et autres préparations destinées à éclaircir la peau a été instaurée sur l’ensemble du territoire. Cette décision forte cible une pratique très répandue, mais dont les répercussions sanitaires suscitent une préoccupation croissante au sein des autorités.
Un frein au phénomène du « tchatcho »
Au Bénin, l’utilisation de produits éclaircissants, désignée localement sous le terme « tchatcho », touche une frange significative de la population, tous milieux confondus. Des étals du marché Dantokpa aux boutiques en ligne sur les réseaux sociaux, ces articles étaient jusqu’alors largement accessibles.
Avec cette nouvelle réglementation, les autorités ambitionnent de mettre un terme à cette diffusion. Le ministère de la Santé, de concert avec les instances de régulation pharmaceutique, a dressé une liste des produits jugés nocifs. Des contrôles renforcés sont désormais prévus, tant auprès des grossistes que des détaillants.
L’objectif est limpide : interrompre les réseaux d’approvisionnement d’un marché particulièrement lucratif, mais souvent alimenté par la contrebande et des préparations artisanales dont la composition échappe à toute supervision.
Des risques sanitaires de plus en plus alarmants
Si l’État a opté pour une ligne dure, c’est en réponse aux multiples avertissements émis depuis plusieurs années par les professionnels de santé. Les dermatologues, en particulier, ne cessent de souligner les effets délétères de la dépigmentation artificielle.
Les produits incriminés renferment fréquemment des substances potentiellement dangereuses, telles que l’hydroquinone, les corticoïdes puissants ou le mercure. Utilisés de façon répétée, ces composants peuvent entraîner un affaiblissement notable de la peau et provoquer des complications parfois irréversibles.
À court terme, les utilisateurs s’exposent à des brûlures, des vergetures profondes, une peau excessivement fine, des retards de cicatrisation ou des infections cutanées récurrentes.
Mais les conséquences ne se cantonnent pas à l’épiderme. En pénétrant dans l’organisme, ces substances peuvent favoriser l’apparition de pathologies graves, notamment l’insuffisance rénale chronique, l’hypertension artérielle, certains troubles métaboliques ou accroître le risque de cancers cutanés.
Un défi qui excède le simple cadre répressif
Si cette interdiction est saluée par le corps médical, sa mise en œuvre s’annonce complexe. Les autorités devront composer avec la porosité des frontières, la circulation de produits de contrebande et l’ingéniosité des vendeurs qui modifient régulièrement les emballages pour échapper aux contrôles.
Au-delà des sanctions, l’enjeu principal est aussi culturel. L’attrait pour les teints clairs, alimenté par certains canons esthétiques et des pressions sociales persistantes, continue d’entretenir la demande.
Pour obtenir des effets durables, cette politique devra donc être assortie de vastes campagnes de sensibilisation visant à valoriser les nuances naturelles et à déconstruire les stéréotypes liés à la couleur de peau.
En s’engageant dans cette lutte, le Bénin franchit une étape significative dans la préservation de la santé publique. Reste à savoir si la fermeté des pouvoirs publics et l’évolution des mentalités permettront de freiner durablement le phénomène du « tchatcho ».
