Mali, Burkina, Niger : la cip mise hors jeu par les juntes militaires

Un retrait en cascade qui interroge la crédibilité des régimes sahéliens

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont tourné une page lourde de conséquences en signant leur départ de la Cour pénale internationale. Une décision présentée comme un acte de souveraineté par les juntes au pouvoir, mais qui révèle surtout une volonté farouche d’échapper à toute forme de responsabilité juridique internationale. Après Niamey, ce sont Bamako et Ouagadougou qui ont acté leur rupture avec le Statut de Rome, le texte fondateur de la CPI.

Pourquoi ces régimes préfèrent-ils l’impunité à la justice ?

Le discours officiel est toujours le même : la CPI serait un outil néocolonial, une justice biaisée pilotée depuis l’Occident. Pourtant, derrière cette rhétorique se cache une réalité autrement plus inquiétante. En se soustrayant à la juridiction de la Haye, les dirigeants militaires du Sahel cherchent avant tout à se protéger eux-mêmes et leurs alliés. Crimes de guerre, crimes contre l’humanité, exactions contre les civils : autant de dossiers qui pourraient les rattraper si la CPI restait compétente.

Les rapports d’organisations de défense des droits humains se multiplient, mettant en lumière non seulement les violences des groupes terroristes, mais aussi les abus commis par les forces armées et leurs alliés. Au Mali, par exemple, les mercenaires russes de l’ex-Wagner ont été pointés du doigt pour des exactions répétées. En quittant la CPI, les juntes militaires s’offrent une immunité de fait, au mépris des victimes.

La CPI, un bouc émissaire commode pour les dictatures

L’argument de la justice sélective a longtemps circulé sur le continent africain. Pourtant, la CPI a récemment étendu son champ d’action bien au-delà de l’Afrique, comme en témoignent les enquêtes en Ukraine ou au Proche-Orient. Les juntes du Sahel détournent ce débat pour mieux masquer leur propre peur du jugement.

L’histoire montre que les États qui quittent la CPI le font rarement par conviction, mais presque toujours par peur d’être tenus pour responsables. Le Burundi l’a fait en 2017 sous Pierre Nkurunziza, alors que son régime était accusé de violences massives. Les juntes du Sahel reprennent aujourd’hui le même schéma : répression de l’opposition, musèlement de la presse, étouffement de la société civile. Leur objectif ? Créer un environnement où l’impunité devient la norme.

Les civils, premières victimes d’un système sans contre-pouvoirs

Ce retrait de la CPI est un coup dur porté aux populations sahéliennes, déjà meurtries par des années de conflits. Entre la terreur des groupes armés et la violence d’États non contrôlés, les civils n’ont plus aucun recours. Même si la CPI conserve une compétence théorique sur les crimes commis avant le retrait, le message envoyé est clair : l’impunité est désormais institutionnalisée.

L’histoire rappelle pourtant qu’aucune dictature n’a jamais survécu grâce à l’impunité. Bien au contraire, elle ne fait qu’aggraver les tensions et retarder l’inévitable chute du régime. Pour les Sahéliens, ce choix des juntes signifie un avenir encore plus sombre, où la dignité humaine passe au second plan au profit d’une stabilité factice.