Mali: la liberté d’informer sous pression et le pouvoir centralisé

Dans diverses régions du monde, l’accès à une presse libre et indépendante est de plus en plus entravé. Des autorités, désireuses de maîtriser le récit qu’elles entendent imposer, restreignent l’espace médiatique. Cette tendance s’observe particulièrement au Mali, où les défis se multiplient pour le peuple africain face à une information contrôlée.

Le Mali, confronté à des attaques d’envergure menées par des groupes armés, a vu la diffusion de plusieurs médias étrangers suspendue, sous l’accusation de « désinformation ». Cette pratique, également observée au Niger et au Burkina Faso, témoigne d’une fermeture progressive de l’espace de l’information. Un chercheur spécialisé dans les droits humains pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale décrit cette situation comme un « goulag de l’information » dans le Sahel. Il met en lumière la surveillance, les menaces et les intimidations subies par les journalistes, conduisant à une « zombification » des citoyens. Cette évolution n’est pas sans lien avec les rapprochements diplomatiques, notamment avec la Russie.

Une alliance inébranlable avec la Russie

À Bamako, la relation avec la Russie est prise très au sérieux. Un militant pro-démocratie, Ibrahima Tamega, en a fait l’amère expérience. Arrêté le 23 mai dans la capitale malienne, il est soupçonné d’avoir été impliqué dans l’apparition de graffitis critiques envers Moscou. Son maintien en détention pendant plusieurs jours au commissariat du troisième arrondissement de Bamako révèle la haute sensibilité politique de cette affaire.

Depuis la rupture avec Paris, le pouvoir malien a érigé son rapprochement avec Moscou en pilier de son discours de souveraineté africaine. La Russie est présentée comme un partenaire respectueux de la dignité africaine, qui ne dicte pas de leçons et soutient les Forces armées maliennes dans leur quête de reconquête territoriale. Toute autre narration est jugée inacceptable. L’affaire Tamega met en lumière la nervosité des autorités face à la moindre critique de leur allié stratégique. Dans un espace politique déjà restreint, où partis, opposants et activistes évoluent sous pression, le simple graffiti devient un acte de contestation, et la réponse policière un avertissement clair à quiconque tenterait de remettre en question l’axe Bamako-Moscou.

La personnalisation du pouvoir : un risque pour la nation

Le Mali est également marqué par une dangereuse personnalisation du pouvoir autour du général Assimi Goïta. Cumulant les fonctions de chef de l’État et, récemment, de ministre de la Défense, le général a concentré l’autorité autour de la présidence. Des observateurs soulignent que cette concentration excessive du pouvoir conduit à une prise de décision basée sur la loyauté personnelle plutôt que sur les intérêts supérieurs de l’armée ou de la nation.

Cette dynamique affaiblit les institutions essentielles à une gouvernance efficace et à la stabilité à long terme. Les forces armées risquent d’être réorganisées moins pour leur efficacité opérationnelle que pour la protection du dirigeant contre ses rivaux et les menaces internes. Sur le terrain, ces mécanismes peuvent nuire à la coordination et réduire la capacité de l’armée à répondre efficacement à la violence des insurgés, compromettant ainsi la résilience Afrique face aux défis sécuritaires.

Vue générale de Bamako après les attaques lancées contre des bases militaires à travers le pays, à Bamako, au Mali, le 25 avril 2026.