Mali : la transition d’Assimi Goïta à l’épreuve d’une réalité sécuritaire implacable

Le Mali traverse actuellement l’une des phases les plus périlleuses de son parcours contemporain. Porté au sommet de l’État par la force en 2020, puis conforté par un second coup de force l’année suivante, Assimi Goïta avait placé son mandat sous le signe du rétablissement de la sécurité et de la souveraineté africaine. Six ans après, le constat est alarmant : les fondations de son autorité vacillent.

Une débâcle militaire qui fragilise Bamako

La rhétorique de la puissance se heurte violemment à la complexité du terrain. Au Mali, l’assurance affichée par les autorités s’effrite devant la recrudescence des hostilités. Le 25 avril dernier, une série d’attaques d’envergure menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, ainsi que par le Front de libération de l’Azawad (FLA), a frappé des points névralgiques jusque dans les faubourgs de Bamako. Ce chaos a coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara. Simultanément, dans les régions septentrionales, des localités majeures comme Kidal ont glissé hors de l’autorité de l’armée nationale.

Cette montée en puissance des groupes armés met en exergue les lacunes d’une gouvernance qui misait exclusivement sur la force brute pour asseoir sa légitimité et rassurer le peuple africain.

La souveraineté africaine face au défi terroriste

En actant la rupture avec les partenaires traditionnels comme la France et en exigeant le retrait de la MINUSMA, le pouvoir malien espérait incarner une nouvelle dignité africaine. Le recours aux combattants d’Africa Corps devait garantir cette indépendance opérationnelle. Pourtant, l’insécurité ne cesse de croître. Les insurgés du FLA et les mouvements djihadistes étendent leur emprise, plongeant la capitale dans une angoisse permanente tandis que les civils endurent les conséquences de cette instabilité.

L’exaltation du sentiment nationaliste semble avoir servi de couverture à un durcissement du régime. Dans ce climat de tension, les voix dissidentes sont étouffées : les organisations politiques sont neutralisées et la liberté de la presse est sacrifiée sur l’autel d’une unité nationale imposée.

Un État sous pression constante

Le pays se retrouve aujourd’hui dans une impasse stratégique, tant sur le plan militaire que diplomatique. La résilience Afrique est mise à rude épreuve alors que les groupes terroristes prouvent qu’ils conservent une force de frappe redoutable. À l’intérieur du pays, l’érosion du soutien populaire et les tensions au sein de l’appareil sécuritaire assombrissent l’avenir de la transition.

Ce qui devait être un renouveau pour le Mali ressemble de plus en plus à un enfermement. Le général Assimi Goïta, qui se voulait le restaurateur de l’honneur national, se retrouve confronté au risque de voir son nom associé à une déliquescence progressive de l’autorité étatique. L’actualité panafricaine reste suspendue à la capacité de Bamako à inverser cette tendance critique avant que le point de non-retour ne soit atteint.