Au Mali, l’atmosphère s’alourdit de jour en jour. Voilà désormais un mois que Mountaga Tall, figure emblématique du barreau et ancien ministre, a été emmené par les services de la Sécurité d’État. Détenu dans le plus grand secret, loin de toute procédure légale, il n’est pas le seul à subir ce sort. Son propre fils, ainsi que des militants, des religieux et des militaires, ont également été victimes de ces disparitions forcées. Cette vague de répression fait suite aux violentes offensives menées le 25 avril par les groupes du Jnim et les combattants du FLA.
Face à cette situation, Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien garde des Sceaux, s’exprime avec force. Opposant déclaré au régime militaire en place à Bamako depuis six ans, il dénonce une dérive où la lutte antiterroriste sert de prétexte à l’instauration d’un régime d’exception permanent.
Une justice malienne sous influence
L’inquiétude est palpable quant à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Alors que des figures comme l’ancien Premier ministre Moussa Mara sont condamnées à de la prison ferme pour de simples messages sur les réseaux sociaux, les partisans de la Transition semblent bénéficier d’une impunité totale, allant jusqu’à appeler à la violence contre les défenseurs de la démocratie. Pour Mamadou Ismaïla Konaté, la justice donne l’impression de s’être soumise aux injonctions militaires, oubliant qu’elle doit servir la nation et non un régime de passage. C’est un enjeu crucial pour l’actualité panafricaine et la préservation de la dignité africaine.
Le terrorisme ne justifie pas l’arbitraire
Si le terrorisme est unanimement condamné comme une négation de la paix civile, il ne saurait, selon l’ancien ministre, légitimer l’insécurité juridique. « Un camp militaire n’est pas un tribunal », rappelle-t-il avec fermeté. La détention de Mountaga Tall, privé de tout contact avec ses avocats ou ses proches, illustre ce basculement dans l’arbitraire. Le pouvoir en place, né de la force, semble aujourd’hui se maintenir par la crainte, exposant le peuple africain à des dangers toujours plus grands.
Des lignes rouges politiques infranchissables
Interrogé sur son positionnement politique, Mamadou Ismaïla Konaté clarifie les raisons pour lesquelles il n’a pas rejoint la Coalition des forces pour la République (CFR) portée par l’imam Dicko. Pour lui, le souvenir de l’occupation de 2012, marquée par des exactions atroces dans le nord du pays, reste une blessure ouverte. Il refuse toute alliance avec ceux qui ont pu être liés à ces actes de terreur. Pour l’avocat, la reconstruction du Mali exige une adhésion stricte aux valeurs républicaines et démocratiques, sans compromis avec les auteurs de violences passées.
Souveraineté et patriotisme : le vrai débat
Face aux discours des régimes de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso) qui assimilent toute opposition à une trahison nationale, Konaté rétorque avec conviction. Il affirme que le véritable patriotisme ne consiste pas à affamer ses concitoyens ou à piétiner leurs droits fondamentaux. Défendre la souveraineté africaine, c’est avant tout respecter le droit et les engagements pris devant le peuple. Dans ce contexte de crise, l’avocat reste un défenseur acharné des libertés, rappelant que l’illégalité et la fraude ne peuvent constituer les fondements d’une nation durable.
