Le Jnim intensifie sa pression sur Bamako par des attaques ciblées
Au Mali, le groupe jihadiste Jnim, affilié à al-Qaïda, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de déstabilisation. Ce week-end, plusieurs autocars circulant sur l’axe Ségou-Bamako, artère vitale pour l’approvisionnement de la capitale en provenance de l’est, ont été réduits en cendres. Parallèlement, des installations électriques liées au barrage hydroélectrique de Manantali, dans la région de Kayes, ont été délibérément endommagées. Malgré les opérations militaires en cours, l’armée malienne peine à briser l’étau économique qui asphyxie le pays.
Manantali, un symbole de la guerre économique menée contre le Mali
L’attaque contre Manantali n’est pas un simple incident isolé. Ce barrage, géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal via l’OMVS, représente un pilier du réseau électrique national. En visant ses infrastructures, le Jnim ne se contente plus de défier les forces armées : il s’attaque aux fondements mêmes de l’économie urbaine, où les coupures d’électricité paralysent services publics, commerces et industries en quelques heures. Cette approche s’inscrit dans une logique de longue haleine, initiée par des mois de ciblage systématique des convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
Les jihadistes misent sur l’épuisement des réserves stratégiques pour fragiliser la légitimité des autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta. Bamako, autrefois relativement épargnée par les violences, devient désormais l’épicentre d’une bataille d’usure sans précédent.
L’armée malienne en première ligne face à une stratégie évolutive
Face à cette offensive multidimensionnelle, l’état-major des Forces armées maliennes (FAMa) assure maintenir des actions terrestres et aériennes sur plusieurs fronts. Des escortes militaires ont permis, ces derniers jours, l’arrivée de centaines de camions-citernes à Bamako, atténuant temporairement la crise dans les stations-service. Cependant, cette accalmie reste fragile : chaque convoi exige des ressources considérables, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors de portée dans l’immédiat.
Les FAMa se retrouvent prises entre deux feux. À l’ouest et au centre du pays, le Jnim multiplie les embuscades et les destructions d’infrastructures. Dans le nord, autour de Kidal, la situation reste bloquée dans un équilibre précaire, tandis que de nouveaux affrontements avec le Cadre stratégique permanent s’annoncent inévitables. Le gouvernement de Bamako doit donc gérer deux crises simultanées avec des effectifs et des moyens qui s’amenuisent.
Un blocus aux répercussions régionales
L’impact du blocus dépasse les frontières du Mali. Les pays voisins, notamment le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, ressentent les effets de ce ralentissement des corridors commerciaux ouest-africains. Les ports de Dakar et d’Abidjan, dépendants d’une partie de leur trafic vers l’hinterland sahélien, subissent des contrecoups économiques majeurs. La Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine pour l’instant à élaborer une riposte coordonnée face à cette guerre économique menée par les groupes armés.
L’attaque contre Manantali soulève également des questions sur les infrastructures partagées au sein de l’OMVS. Toute aggravation des dégâts pourrait avoir des conséquences directes sur l’alimentation électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant ainsi un conflit local en une crise régionale. Les partenaires internationaux devront bientôt trancher : soutenir la souveraineté malienne affichée par Bamako ou protéger les infrastructures transfrontalières critiques.
Entre revendications militaires et réalité d’un État sous pression
Le décalage entre les annonces de l’armée et la situation concrète à Bamako illustre la singularité de cette phase du conflit. Le Jnim ne se contente plus de contrôler des territoires : il cherche à asphyxier un État dans son ensemble. Les prochains jours pourraient voir l’intensification des combats, notamment autour de Kidal, où la tension reste à son comble.
