Mali : quand la lutte antiterroriste perd son âme et alimente l’insurrection

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La junte malienne franchit un point de non-retour par la violence systématique

La transition au Mali avait pour devise la reconquête et la restauration de la souveraineté nationale. Pourtant, entre les annonces triomphalistes et les réalités du terrain, un fossé béant s’est creusé. Les Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par leurs alliés russes de l’Africa Corps, ont basculé dans une stratégie où la brutalité remplace la raison. Les conventions internationales, autrefois brandies comme des remparts, ne sont plus que des parchemins oubliés sous les bottes des militaires. Les populations civiles, prises en étau, paient le prix fort d’une guerre où l’humanité semble avoir déserté les esprits.

Des engagements internationaux piétinés sous couvert de sécurité nationale

Depuis des décennies, le Mali est signataire des Conventions de Genève et de leurs Protocoles additionnels, censés protéger les civils en temps de guerre. Les directives militaires elles-mêmes insistaient sur l’enseignement du droit humanitaire dans les casernes. Pourtant, sur le terrain, c’est l’inverse qui se produit. Les ordres de distinction entre civils et combattants sont bafoués, les détenus subissent des traitements dégradants, et les villages entiers sont rasés au nom d’une sécurité illusoire. La junte, en ignorant ces règles, ne combat pas le terrorisme : elle en devient le meilleur allié.

Un bilan humain effroyable : exécutions, tortures et villages rayés de la carte

Les rapports d’organisations indépendantes, comme Amnesty International et Human Rights Watch, dressent un constat accablant. Les exactions ne sont plus des accidents : elles sont devenues une méthode. Des centaines d’exécutions arbitraires, des cas de torture (simulations de noyade, décharges électriques), et des disparitions forcées sont documentés chaque année. Les communautés peules, déjà victimes des groupes jihadistes, subissent aujourd’hui la répression aveugle de l’État. Dans le centre et le nord du pays, des villages entiers sont pillés ou détruits, laissant derrière eux des populations traumatisées et des terres stériles. Le sang des civils coule au rythme des opérations militaires.

L’opacité devient la règle après le départ de la MINUSMA

Fin 2023, la junte malienne a poussé vers la sortie la mission de l’ONU, la MINUSMA, sous prétexte de souveraineté retrouvée. Mais derrière cette décision se cachait une autre réalité : l’opportunité d’agir sans témoin. Privé de ses observateurs internationaux, le Mali est devenu un terrain de chasse où les exactions se multiplient en toute impunité. Les ONG, contraintes de documenter les violations à distance, voient leurs rapports ignorés. Les chiffres explosent : plus de violations signalées en quelques mois seulement, témoignages accablants d’une armée et de ses supplétifs devenus incontrôlables.

La justice, une voie barrée par l’immunité et l’indifférence

Les recours juridiques s’éteignent un à un. Le Mali a tourné le dos à la Cour pénale internationale, tandis que les tribunaux nationaux, sous influence politique, ferment les yeux sur les crimes commis. Quant aux organisations régionales, leur silence est assourdissant : l’Union africaine se contente de déclarations creuses, et la CEDEAO, focalisée sur les transitions démocratiques, reste muette face aux violations des droits humains. Aucun mécanisme n’est en place pour traduire les responsables en justice. La junte, en agissant ainsi, envoie un message clair : personne ne sera puni.

La stratégie militaire qui alimente l’insurrection au lieu de l’éteindre

Ironie cruelle du sort : en voulant écraser l’insurrection par la terreur et le mépris des droits fondamentaux, le pouvoir malien nourrit le feu qu’il prétend éteindre. Les recrutements dans les rangs jihadistes explosent dans les zones frappées par les violences étatiques. Les populations, humiliées et terrorisées, n’ont plus d’autre choix que de se tourner vers les groupes armés pour survivre. Une stratégie autodestructrice qui transforme chaque village bombardé en nouveau foyer de radicalisation. La junte, en sacrifiant l’humanité sur l’autel de la « reconquête », signe sans le savoir son propre arrêt de mort.

Un État sans légitimité, un peuple sans espoir

Un pouvoir qui bafoue les droits de ses propres citoyens perd tout droit de se prétendre leur défenseur. En remplaçant la protection par la répression, en substituant la justice par l’impunité, la junte malienne scelle son destin. Les populations, déjà exsangues, n’ont plus confiance en un État qui les martyrisent autant que les jihadistes. La légitimité ne se décrète pas : elle se construit. Et aujourd’hui, au Mali, elle s’effrite chaque jour un peu plus sous les coups des militaires.

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