Mariama Sonko : une pionnière du pouvoir féminin par la terre au Sénégal

Mariama Sonko : une pionnière du pouvoir féminin par la terre au Sénégal

À Niaguis, en Casamance, une région du sud du Sénégal, Mariama Sonko mène depuis plus de trois décennies une lutte silencieuse mais déterminante. Fille de paysanne, elle a transformé son combat personnel en mouvement panafricain, redonnant espoir et autonomie aux femmes rurales à travers l’agroécologie et l’agriculture durable.

Mariama Sonko, présidente du mouvement panafricain Nous sommes la solution, lors d'un événement au Togo en juillet 2026.

Un héritage transformé en combat

Mariama Sonko incarne une réponse concrète aux défis de souveraineté alimentaire et d’autonomie féminine. Depuis plus de 30 ans, elle se bat pour que les femmes rurales accèdent aux ressources essentielles : la terre et les semences locales. Son engagement s’inscrit dans une vision claire : « Sans organisation et sans engagement, demain, nous serons des étrangères chez nous. Le travail que nous menons consiste à reconstituer le capital semencier, un pilier de la vie et de la souveraineté africaine. »

Son parcours, marqué par l’injustice dès l’enfance, l’a conduite à refuser les normes imposées. « En grandissant, j’ai vu les pressions subies par les femmes, et cela m’a révolté », confie-t-elle. Issue d’une famille de paysans, elle a très tôt compris que l’accès à la terre, même légalement reconnu, restait un privilège inaccessible pour beaucoup de femmes.

L’agroécologie comme levier d’émancipation

Le décès de son père a été un tournant. Mariama a assisté, impuissante, aux difficultés de sa mère pour subvenir aux besoins de dix enfants. À 19 ans, elle a choisi de se battre plutôt que de plier. Après des études interrompues, elle a obtenu le droit de cultiver une parcelle avec d’autres femmes, avant d’en être expulsée trois ans plus tard. Cette injustice n’a fait que renforcer sa détermination.

En 2016, elle réalise un rêve : acquérir trois hectares près de Ziguinchor pour y fonder une ferme expérimentale. Sans pesticides, reposant uniquement sur des semences locales, cette exploitation emploie aujourd’hui 30 femmes. « Plus de cent femmes disposent désormais d’un compte bancaire individuel et épargnent. Elles diversifient leurs activités pour augmenter leurs revenus, et cela me remplit de fierté », explique-t-elle.

Mariama Sonko dans sa ferme expérimentale de Niaguis, près de Ziguinchor en Casamance.

Un mouvement panafricain pour la dignité des femmes rurales

Son combat s’étend bien au-delà des frontières du Sénégal. Avec le mouvement Nous sommes la solution, qu’elle préside, Mariama Sonko fédère plus de 800 associations dans huit pays d’Afrique de l’Ouest. Ensemble, elles défendent l’agroécologie, la préservation des semences locales et l’autonomie financière des femmes, souvent analphabètes. « Quand je vois les progrès accomplis par ces femmes, je suis fière. Leur réussite est notre victoire à toutes », souligne-t-elle.

Son message est clair : l’avenir de l’Afrique passe par la valorisation des savoirs ancestraux et l’émancipation des femmes, actrices essentielles de la souveraineté alimentaire. Une conviction qui guide son action quotidienne et inspire des milliers de femmes à travers le continent.