Maroc : un acteur clé dans le rééquilibrage des relations France-Sahel

Le Maroc, un partenaire stratégique pour apaiser les tensions France-Sahel

Le Premier ministre français a entamé une visite officielle au Maroc en juillet 2026, accompagné d’une délégation ministérielle d’une douzaine de membres. À cette occasion, plusieurs accords bilatéraux devraient être signés, marquant une volonté de renforcer les liens entre Paris et Rabat. Pourtant, cette rencontre survient dans un contexte marqué par des tensions sur la question des droits humains, notamment après l’arrestation récente d’un journaliste et d’un artiste marocains. Mehdi Alioua, sociologue à l’Université internationale de Rabat et spécialiste des migrations et des mobilités, éclaire les dynamiques entre la France et le Maroc, ainsi que leurs répercussions en Afrique subsaharienne.

Mehdi Alioua, sociologue marocain, analyse les relations France-Maroc

Une coopération France-Maroc au service de l’Afrique subsaharienne ?

Le Maroc peut-il devenir un médiateur dans les relations tendues entre la France et les pays du Sahel ?

Mehdi Alioua répond sans ambiguïté : « Oui, le Maroc s’efforce de jouer ce rôle avec sincérité. » Mais il nuance immédiatement : « Les relations entre le Maroc et les pays du Sahel sont anciennes et profondes. Elles remontent à bien avant l’islam et se sont renforcées avec l’avènement de cette religion. »*

L’expert rappelle également l’héritage historique commun, comme la dynastie des Almoravides, dont le nom a donné en français le terme « marabout », et qui a régné sur un vaste empire s’étendant de l’Espagne à la Guinée actuelle. « Ces liens séculaires permettent au Maroc de réactiver une diplomatie africaine solide, malgré les défis actuels. »*

Un équilibre délicat entre investissements et tensions internes

L’intensification des investissements marocains en Afrique subsaharienne, notamment en Afrique de l’Ouest, suscite des interrogations. Le Maroc est-il en train de combler le vide laissé par la France dans cette région ?

Pour Mehdi Alioua, « ce n’est pas vraiment un affrontement. Une grande partie des investissements marocains se font en partenariat avec des entreprises françaises. »* Il souligne que la diplomatie marocaine agit en concertation avec Paris, tout en menant une politique africaine autonome. « Le Maroc a des investissements 100 % marocains, mais aussi une volonté claire d’une approche africaine pour l’Afrique, portée par le Roi du Maroc. »*

Cependant, les tensions internes au Maroc, notamment après l’arrestation de journalistes et d’artistes, rappellent que le pays doit aussi gérer ses propres défis. « Il faut toujours s’inquiéter lorsque des voix critiques sont réduites au silence. »* Alioua précise que les procédures judiciaires sont en cours et que les personnes concernées peuvent se défendre. « Le Maroc a fait des progrès considérables en matière de droits humains, mais certains réflexes du passé persistent. »*

Un soft power marocain encore à consolider

Le Maroc attire-t-il autant que la France en Afrique subsaharienne ?

Mehdi Alioua est catégorique : « Non, pas encore. »* Il explique que si le Maroc gagne en influence, notamment grâce à des initiatives comme l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), son attrait reste inégalé par rapport à celui de la France. « La société marocaine elle-même questionne l’utilisation des fonds publics, comme lors de la CAN, où les jeunes s’interrogent sur les priorités nationales. »*

L’expert ajoute que des événements comme la finale de la CAN, marquée par des tensions entre le Maroc et le Sénégal, peuvent rapidement ternir l’image du Royaume. « Le Maroc attire, mais il fait aussi peur. Son statut de pays à revenu intermédiaire faible limite son rayonnement. »*

En conclusion, Mehdi Alioua estime que le Maroc a un rôle à jouer dans l’amélioration des relations entre la France et les pays du Sahel, mais que son influence dépendra de sa capacité à concilier diplomatie, développement économique et cohésion sociale.