Mayo-tsanaga : le drame silencieux face à l’avancée de boko haram

mayo-tsanaga : le drame silencieux face à l’avancée de boko haram

Dans le département du Mayo-Tsanaga, au Cameroun, la terreur de Boko Haram s’est installée comme une ombre permanente. Depuis 2014, cette région frontalière avec le Nigeria subit des attaques répétées, laissant derrière elle un paysage de désolation et un peuple en quête de survie.

une région martyrisée par une décennie d’attaques

Tout a commencé en 2014, lorsque des combattants de Boko Haram ont franchi la frontière nigériane pour s’installer sur le mont Gossi, près du village de Tourou. Depuis, leur présence s’est étendue, transformant le Mayo-Tsanaga en un théâtre de violences sans fin. Les attaques, de plus en plus fréquentes, ciblent tout ce qui fait la vie locale : champs, marchés, lieux de culte, écoles et centres de santé. Les villages, autrefois prospères, ne sont plus que des fantômes de ce qu’ils étaient.

Plus de 50 villages ont été abandonnés par leurs habitants, parmi lesquels Gossi, Vizik, Ldamang, Magoumaz, Dinglding ou encore Koza. Ces localités, autrefois dynamiques, sont désormais des zones de non-droit où la peur règne en maître. Les populations, décimées ou contraintes à l’exil, ne reconnaissent plus leur terre.

des déplacés par milliers, une crise humanitaire ignorée

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 9 000 personnes ont fui leur foyer depuis le début des attaques. En juin 2026 seulement, 482 nouveaux déplacés ont été recensés dans les arrondissements de Mokolo, Koza et Mayo-Moskota. Mais l’exode ne s’arrête pas là. Des familles venues de régions encore plus lointaines, comme Kalfou dans le Mayo-Danay, ont également trouvé refuge dans ce département, parcourant des centaines de kilomètres pour échapper aux violences.

Ceux qui restent sur place vivent dans des conditions extrêmes. La nuit, ils fuient leurs habitations pour se réfugier dans les montagnes, partageant des grottes avec la faune locale pour éviter les raids nocturnes. Au petit matin, ils redescendent pour tenter de cultiver leurs terres ou travailler, sous la menace constante des attaques. Les écoles ferment, les champs se vident, et l’économie locale s’effondre. L’avenir de cette région est plus que jamais incertain.

un État absent face à l’urgence

Malgré les promesses et les visites officielles, l’État camerounais semble incapable ou unwilling de protéger les populations du Mayo-Tsanaga. Les forces de sécurité, souvent en nombre insuffisant, ne peuvent rien face à des groupes armés lourdement équipés. À Ldamang, lors d’une attaque en juin 2026, seuls deux soldats étaient présents pour défendre le village. Les comités de vigilance, composés de civils armés de machettes, sont les seuls à tenir tête aux terroristes.

Les élites locales, bien que nombreuses, restent silencieuses. Leurs discours en période électorale ne se traduisent jamais par des actions concrètes. Les déplacés, les familles séparées et les enfants livrés à eux-mêmes attendent en vain une réponse nationale. Combien de villages devront encore être rayés de la carte avant que le gouvernement n’agisse ?

Les papiers d’identité, les actes de naissance, les souvenirs de toute une vie partent en fumée avec les maisons brûlées. Les familles se dispersent, certains enfants se retrouvent seuls, privés d’école et de protection. Certains abandonnent leurs études, d’autres basculent dans la délinquance. Pour les jeunes filles, l’avenir s’assombrit davantage encore.

Le Mayo-Tsanaga est en train de devenir un désert humain. Sans intervention urgente, cette région pourrait sombrer dans une dépopulation irréversible, laissant derrière elle une terre abandonnée et des vies brisées.