Niger et cédao : comment sortir du blocage diplomatique ?
Trois ans après le renversement du président Mohamed Bazoum par les militaires nigériens, les relations entre Niamey et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) restent marquées par une profonde méfiance. L’organisation régionale, qui avait condamné le putsch, maintient une posture ferme, tandis que le Niger, désormais membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Burkina Faso, défend sa souveraineté. Pourtant, malgré les divergences, des signes encourageants émergent pour relancer le dialogue.
Dès juillet 2023, la Cédéao avait brandi la menace de sanctions et évoqué l’éventualité d’une intervention militaire pour rétablir Mohamed Bazoum dans ses fonctions. Une position perçue comme une « déclaration de guerre » par Bamako et Ouagadougou, scellant alors une alliance stratégique avec Niamey. Depuis, les trois pays ont officiellement quitté l’organisation en janvier 2025, mais des canaux de communication persistent.
un médiateur désigné pour relancer les discussions
Face à l’impasse, la Cédéao a trouvé un allié inattendu en la personne de Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen, chargé de mener les négociations avec l’AES. Son rôle a été validé lors d’une réunion exceptionnelle de la Cédéao à Freetown, où Birame Diop, le nouveau président de la Commission, a été chargé de faciliter les échanges.
Selon Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, « les deux parties ont désormais une vision commune pour engager des discussions constructives ». Une avancée majeure, alors que les relations étaient jusqu’alors paralysées par des positions irréconciliables. Le médiateur devra cependant composer avec un casse-tête logistique : le Niger, membre de l’AES, dépend du Nigeria et du Bénin pour son approvisionnement en électricité et son accès aux ports maritimes.
le Bénin et le Sénégal, nouveaux acteurs de la détente
Deux pays jouent un rôle clé dans cette dynamique de rapprochement : le Bénin et le Sénégal. Romuald Wadagni, président béninois, a choisi de se rendre en premier au Niger dès son investiture, marquant une volonté de désamorcer les tensions. Parallèlement, Bassirou Diomaye Faye, président sénégalais, avait déjà effectué des visites diplomatiques dans les pays de l’AES en 2024, esquissant une approche plus conciliante que celle de ses prédécesseurs.
Pape Ibrahima Kane souligne que « ces dirigeants apportent une nouvelle approche, moins idéologique et plus pragmatique », contrairement à leurs prédécesseurs accusés de partialité. Une transition qui pourrait faciliter la reprise du dialogue, même si les défis restent nombreux.
la question épineuse de mohamed bazoum
Au cœur des tensions, la détention prolongée de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum continue de peser sur les relations entre Niamey et ses partenaires internationaux. Bien qu’une résolution du Parlement européen ait condamné sa détention et exigé sa libération, les autorités nigériennes dénoncent une ingérence étrangère. Pour Sahanine Mahamadou, ancien conseiller de Bazoum, « les militaires au pouvoir doivent rendre des comptes et envisager un retour à l’ordre constitutionnel ».
Cette position reflète les attentes d’une partie de la société civile, mais aussi des partenaires internationaux, qui peinent à concilier valeurs démocratiques et réalisme politique. Jérôme Pigné, analyste spécialiste du Sahel, résume cette équation complexe : « L’Union européenne doit trouver un équilibre entre ses principes et la nécessité de dialoguer avec les juntes militaires ».
Selon lui, Bruxelles opère actuellement une réévaluation de sa stratégie de coopération avec le Niger, privilégiant désormais une approche moins frontale. Une étude récente de la fondation allemande SWP suggère même d’envisager un soutien accru aux régimes militaires, sous réserve de garanties sur la stabilité et la sécurité régionales. Cette proposition, bien que controversée, ouvre la voie à de nouvelles pistes de collaboration.
vers une sortie de crise ?
Malgré les obstacles, les signaux positifs se multiplient. La nomination de Lansana Kouyaté comme médiateur, couplée à l’arrivée de nouveaux dirigeants plus ouverts au dialogue, crée un contexte favorable à la reprise des échanges. Cependant, la question de Mohamed Bazoum et la légitimité des juntes militaires restent des sujets sensibles qui pourraient, à tout moment, faire dérailler les négociations.
Pour l’heure, les deux blocs semblent déterminés à explorer toutes les pistes pour éviter une escalade. Si le chemin vers une réconciliation complète reste long et semé d’embûches, l’engagement des médiateurs et des dirigeants africains laisse entrevoir une lueur d’espoir pour l’avenir des relations entre le Niger et la Cédéao.
