Niger : la présidente de l’ADS perd sa nationalité nigérienne

Les autorités de transition du Niger ont officiellement retiré la nationalité nigérienne à Mayra Djibrine, présidente de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une organisation implantée à Bruxelles. Cette mesure, prise par décret, intervient dans un climat de durcissement des règles vis-à-vis des opposants installés à l’étranger. Elle suscite des réactions contrastées à Niamey, entre soutien à la fermeté de l’État et craintes pour les libertés individuelles.

Une décision officielle aux conséquences lourdes

Le paysage politique et juridique nigérien connaît un nouveau développement. Le gouvernement de transition a officialisé par décret la perte de la nationalité de Mayra Djibrine. Universitaire et figure centrale de l’ADS, une association active depuis la Belgique, elle se voit privée de ses droits civiques et politiques liés à ses origines nigériennes.

Les autorités de Niamey justifient cette décision par des « agissements contraires aux intérêts stratégiques et à la souveraineté du Niger ». Depuis plusieurs mois, l’ADS multipliait les critiques contre la gestion de la transition et plaidait auprès des institutions européennes pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pour le pouvoir actuel, ces actions menées depuis l’extérieur constituent une tentative de déstabilisation, ce qui a motivé le recours à l’ordonnance signée fin 2024, qui prévoit la déchéance de nationalité en cas de trahison ou d’atteinte à la défense nationale.

Entre approbation et crainte : les habitants de Niamey témoignent

Dans la capitale, la nouvelle anime les discussions, des grins aux marchés. L’impact de cette mesure se mesure à travers les avis très partagés des citoyens.

Au grand marché de Niamey, l’ambiance est animée. Amadou, commerçant de tissus, appuie la décision : « Notre pays traverse une période cruciale. On ne peut accepter que des compatriotes vivant confortablement en Europe réclament des sanctions contre leur propre peuple. Si l’on combat les intérêts du Niger depuis l’étranger, il est normal que le Niger vous renie. C’est une question de patriotisme. » Comme lui, une partie de la population estime que la souveraineté nationale exige une loyauté totale, surtout en temps de crise.

Cependant, dans le quartier universitaire Abdou Moumouni, l’avis diffère. Fatouma, étudiante en droit public, exprime son inquiétude : « C’est un précédent dangereux. Retirer la nationalité pour des opinions politiques, même émises depuis Bruxelles, pose un grave problème juridique. La nationalité est un droit fondamental, pas une récompense que l’État peut reprendre selon les régimes. Aujourd’hui c’est le Dr Djibrine, mais qui sera le prochain ? » Cette crainte d’un rétrécissement de l’espace d’expression est partagée par plusieurs observateurs locaux, qui redoutent une fragilisation de la cohésion sociale.

Les implications juridiques et diplomatiques d’une mesure forte

Au-delà des réactions populaires, les spécialistes du droit à Niamey analysent les fondements de cette démarche. Le code de la nationalité nigérienne, récemment modifié par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), élargit considérablement les critères de déchéance. Pour les juristes proches du pouvoir, la procédure respecte les textes d’exception en vigueur. Pour les défenseurs des droits de l’homme, elle viole les conventions internationales ratifiées par le Niger, qui interdisent de rendre un individu apatride.

Sur le plan diplomatique, cette décision envoie un signal clair aux organisations de la diaspora et aux pays hôtes, notamment en Europe. En ciblant la présidente de l’ADS à Bruxelles, Niamey montre sa volonté de neutraliser la contestation politique, même au-delà de ses frontières, en utilisant l’arme de la mort civique.

Le retrait de la nationalité de Mayra Djibrine marque une étape de plus dans la stratégie de sécurisation et de contrôle politique des autorités nigériennes. Si cette fermeté est saluée par une partie de la population, qui y voit un acte de défense de la patrie, elle suscite aussi un malaise diffus chez de nombreux citoyens, préoccupés par l’avenir des libertés et le sort de la contradiction démocratique. Dans un Niger en pleine redéfinition de ses alliances et de son fonctionnement interne, le débat entre sécurité de l’État et droits des citoyens reste plus que jamais ouvert.