Niger : le groupe de travail de l ONU exige la libération immédiate de moussa tiangari

Un avis historique du Groupe de travail de l’ONU

Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a rendu public, le 23 juin 2026, un avis sans ambiguïté : la détention de Moussa Tiangari, défenseur nigérien des droits humains, est qualifiée d’arbitraire. Cet avis, adopté le 23 mars 2026, s’appuie sur une plainte déposée par l’International League Against Arbitrary Detention (ILAAD) et le plaidoyer constant de la société civile. L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains salue cette décision et exige que les autorités nigériennes s’y conforment sans délai.

L’avis du GTDA souligne que la privation de liberté de Moussa Tiangari est dépourvue de fondement juridique, entachée de violations graves de son droit à un procès équitable, et motivée par des considérations discriminatoires liées à l’exercice de sa liberté d’expression, de réunion et d’association. Ces conclusions révèlent une violation des articles 2, 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 19, 20 et 21 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ainsi que des articles 2, 9, 14, 16, 19, 21, 22, 25 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Un parcours marqué par la répression

L’arrestation de Moussa Tiangari le 3 décembre 2024, suite à son retour d’Abuja où il participait à un conseil d’administration, s’inscrit dans une logique de harcèlement judiciaire déjà bien établie. Ancien secrétaire général de l’organisation Alternative espaces citoyens (AEC), il milite pour les droits humains, les droits des migrants et la promotion de la démocratie. Son engagement lui a valu plusieurs arrestations arbitraires : en 2015, en 2018 et en 2020, toujours pour des motifs liés à la défense de libertés fondamentales.

Un article publié le 4 décembre 2024 par un journaliste proche des autorités l’accuse d’avoir tenu des discours préjudiciables aux intérêts du Niger lors de la conférence « Humanitarium Itinérant » à Abidjan, organisée par le CICR pour commémorer les 75 ans des Conventions de Genève. Cette conférence abordait les défis de l’action humanitaire et le respect du droit international humanitaire. Par ailleurs, l’AEC avait organisé, le même jour, une conférence critique sur la déchéance de nationalité décidée par le régime militaire en place au Niger, réunissant des personnalités judiciaires et politiques.

Le 5 décembre 2024, Moussa Tiangari est placé en garde à vue au Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée (SCLCT/CTO) de Niamey, avant d’être localisé dans ce centre. Le 3 janvier 2025, il est formellement inculpé par le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey pour des chefs d’accusation graves : « apologie du terrorisme », « atteinte à la sûreté de l’État », « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État en intelligence avec des puissances ennemies ». Ces accusations exposent Moussa Tiangari à la peine de mort en cas de condamnation.

Un système judiciaire sous pression

Malgré les conclusions du GTDA, Moussa Tiangari reste détenu à la prison de sécurité de Filingué. Une demande de remise en liberté provisoire, déposée le 15 mai 2026, a été rejetée par la chambre de contrôle du pôle spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée de la Cour d’Appel de Niamey. Pourtant, l’ordonnance n°2026-10 du 16 février 2026, qui institue le code de procédure pénale, limite à douze mois renouvelables une fois la durée maximale de la détention provisoire en matière de terrorisme. Moussa Tiangari est détenu depuis plus d’un an et demi.

Une nouvelle ordonnance, n°2026-35 du 26 juin 2026, modifie rétroactivement l’article 615 pour porter la durée maximale de la détention provisoire à quatre ans en matière criminelle, renouvelable une fois. Cette modification, dénoncée par ses avocats, semble viser à maintenir Moussa Tiangari en détention. Leur saisine du 19 juin 2026 pour ordonner sa libération est toujours sans réponse.

Un appel urgent à la protection des droits humains

L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains exhorte les autorités nigériennes à respecter l’avis du GTDA en libérant immédiatement et sans conditions Moussa Tiangari, en abandonnant les charges retenues contre lui, et en lui accordant réparation. Une enquête indépendante doit être menée sur les circonstances de sa détention arbitraire, ainsi que sur les allégations de torture et de mauvais traitements subis lors de sa détention secrète de 48 heures en décembre 2024.

Plus largement, cette affaire reflète une tendance inquiétante au Niger depuis le coup d’État du 27 juillet 2023 : le rétrécissement de l’espace civique, les arrestations arbitraires, les détentions prolongées et la déchéance de nationalité des défenseur·es des droits humains. Ces pratiques violent systématiquement les droits à la liberté d’expression, d’opinion, d’association et de réunion pacifique, protégés par le droit international.

Les autorités nigériennes doivent mettre fin à tout harcèlement, y compris judiciaire, envers Moussa Tiangari et tous les défenseur·es des droits humains. Elles doivent garantir en toutes circonstances le respect des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, comme le prévoient l’Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’Article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, auxquels le Niger est partie.