Niger : quand le nationalisme économique s’effondre — la réalité crue derrière le discours de la junte à l’ONU

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Un tournant stratégique qui vire au fiasco industriel

À New York, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Ali Mahaman Lamine Zeine, Premier ministre nigérien sous la junte militaire, a défendu avec verve la « souveraineté économique » de son pays. Entre les slogans sur la « réappropriation des ressources » et la « fin du néocolonialisme », le discours a marqué les esprits. Pourtant, une fois les projecteurs éteints, la réalité économique du Niger a révélé un tout autre visage : celui d’un pays dont les industries stratégiques, SOMAÏR et SONIDEP, s’enfoncent dans un chaos sans précédent. Derrière les déclarations triomphales, les chiffres parlent d’eux-mêmes et trahissent l’échec d’une gestion aussi hasardeuse que coûteuse pour la population.

La SOMAÏR, ou l’uranium qui s’évapore

Depuis le coup d’État de juillet 2023 et la prise de contrôle des mines d’uranium d’Arlit par les autorités militaires, la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) est devenue le symbole d’une souveraineté malmenée par l’amateurisme. Alors que les généraux promettaient une récolte miraculeuse de dividendes grâce à la « récupération » des ressources nationales, la production d’uranium a chuté de près de 80 %. Trois raisons expliquent ce désastre :

  • L’effondrement des chaînes logistiques : L’incapacité à importer les réactifs chimiques essentiels, comme l’acide sulfurique, a paralysé le site minier. Les retards aux frontières et les blocages administratifs ont transformé Arlit en un désert industriel.
  • Un commerce à l’arrêt : Faute d’accords commerciaux solides et de certificats d’exportation fiables, des milliers de tonnes de yellowcake s’accumulent sur place, invendables. Les partenaires historiques, comme le français Orano, ont été évincés sans être remplacés par des alternatives viables.
  • Un impact social dévastateur : Les sous-traitants locaux ne sont plus payés, les emplois disparaissent et les recettes fiscales attendues pour financer les hôpitaux ou les écoles se sont évanouies dans la nature. La souveraineté, ici, se paie en chômage et en précarité.

Le changement de drapeau au-dessus des sites miniers ne suffit pas à faire tourner les machines. L’expérience montre que sans expertise technique et rigueur de gestion, les slogans ne remplacent pas les compétences.

La SONIDEP, ou le pétrole qui coule à flots… dans le rouge

Alors que la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP) devait incarner le renouveau économique du pays, notamment grâce au nouveau pipeline vers le Bénin, elle s’est transformée en un gouffre financier. Selon des rapports internes, la société affiche une perte abyssale de plus de 25 milliards de francs CFA. Ce chiffre n’est pas le fruit du hasard : il révèle l’échec cuisant d’un système où se mêlent mauvaise gestion, contrats opaques et surfacturations.

Comment une entreprise détenant le monopole de la distribution de pétrole dans un pays censé devenir un exportateur majeur a-t-elle pu accumuler un tel déficit ? Les explications officielles manquent cruellement. Absence de bilans certifiés, silence du ministère des Pétroles, et une gouvernance où les intermédiaires improvisés semblent tenir lieu de stratégie. Le résultat ? Une souveraineté économique qui se solde par des caisses vides et des ressources publiques dilapidées.

Souveraineté rime-t-elle avec incompétence ?

Face à ce marasme industriel, la réponse du tandem Tiani-Zeine est prévisible : pointer du doigt la CEDEAO, les sanctions internationales ou les régimes précédents. Mais quand la réalité rattrape les discours, les excuses s’usent. Le peuple nigérien, lui, attend des actes. Voici les questions qui ne peuvent plus attendre de réponses claires :

  • Que sont devenus les rapports d’audit promis il y a plus d’un an, lors du coup d’État de juillet 2023 ?
  • Comment sont négociés les contrats d’exportation du pétrole et de l’uranium nigériens, dans l’opacité la plus totale ?
  • Où partent les rares recettes perçues par le Trésor public, alors que les entreprises publiques s’effondrent ?

La véritable souveraineté ne se décrète pas dans les discours à l’ONU. Elle se mesure aux résultats concrets : des entreprises qui créent de la richesse, des salaires payés à temps, des services publics fonctionnels et une transparence budgétaire sans faille. Le nationalisme économique, tel que pratiqué par la junte, n’est qu’un paravent pour masquer l’incompétence et l’échec.

Le peuple nigérien n’a pas besoin de slogans, mais de solutions

L’uranium et le pétrole, piliers de l’économie nigérienne, devraient être des leviers de développement. Pourtant, sous la gestion actuelle, ils sont devenus les symboles d’une souveraineté économique en miettes. Les Nigériens ne se nourrissent pas de déclarations enflammées : ils réclament une économie qui tourne, des emplois stables et des services publics dignes de ce nom. Le moment est venu pour les dirigeants de Niamey de passer des discours aux actes, avant que les conséquences ne deviennent irréversibles.

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