Les récentes nominations de magistrats au sommet de la hiérarchie judiciaire sénégalaise, notamment au Conseil constitutionnel et à la Cour d’Appel de Saint-Louis, suscitent des interrogations sur leurs véritables motivations. Pour l’analyste politique Mamadou Wane, ces choix s’inscrivent dans une manœuvre délibérée visant à neutraliser politiquement Ousmane Sonko avant le scrutin présidentiel de 2029. Une stratégie que le politologue qualifie de « révisionnisme institutionnel », susceptible de se heurter à la détermination sans faille d’un peuple sénégalais désormais habitué aux batailles politiques.

Alors que le président Bassirou Diomaye Faye tente de consolider son assise politique, l’expert met en lumière une dynamique inquiétante : le retour en force d’anciens cadres judiciaires liés à l’ancien régime. Selon lui, cette orientation pourrait bien se retourner contre ses auteurs, tant la résilience du peuple sénégalais et la popularité d’Ousmane Sonko semblent indéfectibles.
Des nominations stratégiques aux conséquences politiques
Le 13 juillet 2023, le chef de l’État a nommé Ousmane Diagne à la présidence du Conseil constitutionnel, en remplacement de Mamadou Badio Camara. Quelques jours plus tôt, c’est Serigne Bassirou Guèye, ancien procureur de la République, qui était propulsé au poste d’avocat général à la Cour d’Appel de Saint-Louis. Deux choix qui, selon les observateurs, ne sont pas anodins.
Mamadou Wane souligne que ces deux magistrats entretiennent des relations conflictuelles avec Ousmane Sonko. Le premier, Ousmane Diagne, a été critiqué pour son manque d’empressement à traiter les dossiers sensibles, notamment ceux liés à la reddition des comptes des anciens gouvernants. Quant à Serigne Bassirou Guèye, son nom reste associé à une affaire judiciaire controversée où il aurait, selon Sonko, falsifié un rapport pour orchestrer un complot contre lui. Une pratique inacceptable pour un magistrat, selon l’analyste.
Vers une restauration de l’ordre ancien ?
Pour Mamadou Wane, ces nominations s’inscrivent dans une logique de « révisionnisme politique », visant à restaurer un système que beaucoup considèrent comme néocolonial. Le politologue y voit une tentative de marginaliser les forces patriotiques au profit d’une nouvelle alliance centrée autour des anciens cadres du régime déchu.
« Nous assistons à une scission claire entre, d’une part, ceux qui souhaitent perpétuer les anciennes pratiques et, d’autre part, ceux qui prônent la souveraineté et une révolution démocratique », explique-t-il. Il met en garde Bassirou Diomaye Faye : « Vouloir éliminer Ousmane Sonko par des moyens détournés revient à ignorer l’histoire récente du Sénégal. Le peuple a démontré à plusieurs reprises sa capacité à faire reculer les régimes oppressifs. »
Un parti en pleine expansion face à une jeunesse déterminée
L’engouement autour du PASTEF, parti mené par Ousmane Sonko, est selon lui un indicateur fort de la dynamique politique actuelle. « Le PASTEF est aujourd’hui le parti le mieux structuré et le plus mobilisé », affirme-t-il. La vente de ses cartes d’adhésion a connu un succès sans précédent, confirmant son ancrage dans toutes les couches de la société.
Le politologue rappelle que le peuple sénégalais a acquis une maturité politique rare au fil des années. Les luttes de 2021 à 2024 ont forgé une génération prête à défendre ses droits. « En mars 2021, le Sénégal n’a pas seulement résisté pendant quelques jours. Il a tenu trois ans. Cette expérience a marqué les esprits et renforcé la détermination à ne plus subir l’arbitraire », conclut-il. Une telle mémoire collective rend toute tentative d’exclusion politique d’Ousmane Sonko vouée à l’échec.
