« Nous ne sommes pas des mendiants, nous sommes des partenaires » : le double langage de Niamey face à l’ONU

Depuis le coup d’État de juillet 2023, la junte au pouvoir à Niamey a fait du souverainisme un fonds de commerce politique. Entre déclarations martiales, rupture avec l’Organisation internationale de la Francophonie, sortie de la Cour pénale internationale et expulsion de diplomates, le régime répète haut et fort qu’il a tourné le dos à la dépendance internationale. Pourtant, derrière cette posture se cache une réalité bien plus prosaïque : l’État nigérien est incapable de se financer seul et continue de dépendre des institutions qu’il prétend mépriser.

Une mise en scène pour rassurer les bailleurs

La réception du nouveau représentant du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine en dit long sur cette hypocrisie d’État. Pour sauver les apparences, Niamey exige des émissaires onusiens qu’ils adoptent le nouveau discours officiel, à savoir que le PNUD n’a pas de programme propre, mais qu’il se met au service du gouvernement.

Cette gymnastique verbale arrange tout le monde, mais elle ne trompe personne. Le régime pratique un multilatéralisme à géométrie variable, rejetant les instances qui évoquent droits humains, démocratie ou justice, mais les accueillant à bras ouverts dès qu’il s’agit de financer des routes, des écoles ou des denrées alimentaires.

Une souveraineté à la carte qui contredit les promesses

Comment concilier le discours sur la « refondation » et la « rupture avec le système néocolonial » avec une dépendance à plus de 40 % aux financements internationaux ? Cette contradiction est assumée, mais elle relève d’une schizophrénie politique.

  • Des caisses vides : malgré les proclamations d’autonomie, le budget de l’État reste tributaire de l’aide multilatérale.
  • Un détournement de l’humanitaire : le régime instrumentalise le PNUD et d’autres agences pour se donner une légitimité internationale, tout en imputant ses difficultés économiques aux sanctions ou aux partenaires extérieurs.
  • Un chantage à la misère : les agences de l’ONU ne peuvent abandonner les populations vulnérables ; le pouvoir exploite cette situation comme un bouclier pour imposer ses conditions, tout en réduisant ces institutions au silence pour continuer leurs opérations.

Le mythe du rapport de force

L’idée que le Niger dicterait ses conditions à la communauté internationale relève de l’illusion. En se brouillant avec les juridictions internationales et les organisations politiques tout en restant sous perfusion des agences d’aide, le pays ne s’affranchit de rien, il change simplement de forme de dépendance, la plus passive qui soit.

La véritable souveraineté ne se mesure pas au nombre de diplomates expulsés ni à la docilité forcée des fonctionnaires onusiens. Elle se mesure à la capacité d’un État à prélever l’impôt, à créer des richesses et à financer ses services publics sans l’aide du PNUD. Tant que la junte se contentera de répéter des slogans souverainistes tout en vivant des subventions, sa « rupture » ne sera qu’une posture populiste, un calcul politique à court terme qui se fait au détriment du peuple nigérien.