À peine une semaine après avoir été écarté par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko passe à l’offensive. Le leader du Pastef a vivement critiqué la nouvelle orientation prise par l’exécutif lors d’une intervention remarquée. S’il affirme ne pas vouloir ébranler les fondements de l’État, il a néanmoins rappelé une réalité arithmétique de taille : sa formation politique détient une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, lui conférant le pouvoir de renverser le gouvernement par une motion de censure. Selon lui, le Sénégal traverse désormais une période de cohabitation de fait, une situation dont il assure avoir prévenu le chef de l’État il y a déjà plusieurs mois, sans être entendu.
L’ancien Premier ministre n’a pas mâché ses mots concernant l’équipe gouvernementale formée par Al Amine Lô. Pour le président du Pastef, l’exécutif actuel souffre d’une absence flagrante de base politique. En qualifiant ce cabinet de « gouvernement de technocrates », il y voit un aveu d’isolement. Ousmane Sonko revendique pour son parti le monopole de la légitimité populaire, rappelant que gouverner sans cette force issue des urnes revient à agir sans le peuple africain.
Une présidence fragilisée face au Parlement
Cette mise à l’écart place Bassirou Diomaye Faye dans une position de vulnérabilité. Bien que le président conserve ses prérogatives constitutionnelles, la réussite de son mandat dépend désormais de sa capacité à dialoguer avec un Parlement dominé par le Pastef. Cette configuration inédite interroge sur la stabilité politique du pays et sur l’aptitude de l’exécutif à faire adopter ses réformes sans le soutien direct du parti majoritaire.
L’analyse de la situation suggère que le président semble s’être détaché des racines historiques de son ascension. En s’éloignant du récit qui a porté son mouvement, il se retrouve à la tête d’un pouvoir légal mais symboliquement orphelin. À l’inverse, fort de ses 130 députés, Ousmane Sonko se positionne comme le gardien de la légitimité originelle, prêt à faire valoir son poids politique à tout moment.
Une rupture interne sans précédent au Sénégal
Le climat politique actuel au Sénégal ne ressemble à aucune cohabitation classique. Il s’agit d’une cassure profonde au sein d’un même bloc, entre un chef d’État et une formation qui contrôle 130 des 165 sièges de l’Assemblée. Cette tension interroge sur la viabilité d’un gouvernement sans ancrage parlementaire propre face à un Pastef qui prône la souveraineté africaine et maintient une forte capacité de mobilisation populaire. L’issue de ce duel se jouera dans les semaines à venir, au cœur des institutions et dans l’arène publique.
