L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, a lancé officiellement son passeport biométrique pour remplacer celui de la Cédéao. Cependant, la mise en œuvre de ce nouveau document varie considérablement d’un pays à l’autre.
Au Niger, malgré le lancement en 2025, le passeport Cédéao reste encore largement utilisé. Des Nigériens de la diaspora confirment que leurs nouveaux documents d’identité arborent toujours le logo de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et non celui de l’AES. « J’ai reçu un passeport Cédéao pour un voyage à la Mecque, alors que j’attendais un passeport AES. Aucune explication ne m’a été donnée », témoigne un citoyen nigérien sous anonymat.
Cette situation s’explique par la lenteur de la mise en place des infrastructures nécessaires à la production des nouveaux passeports. En mars 2026, le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a lancé officiellement l’enrôlement pour la carte d’identité biométrique AES, confiée à une société libyenne. Pourtant, les passeports AES ne sont toujours pas disponibles sur le territoire.
Burkina Faso et Mali : deux pays en avance
Contrairement au Niger, le Burkina Faso et le Mali délivrent déjà des passeports AES. Au Burkina Faso, les citoyens peuvent obtenir à la fois le passeport et la carte nationale d’identité biométrique AES. Au Mali, bien que des dysfonctionnements aient été signalés au début, les passeports AES sont désormais reconnus et utilisés par la diaspora malienne, comme en témoigne un Malien vivant en France : « J’ai reçu un passeport AES sans difficulté et j’ai effectué un voyage au Mali sans problème ».
Ces disparités entre les pays de l’AES soulèvent des questions sur la coordination et la synchronisation du processus. Pourtant, les autorités insistent sur la nécessité d’adopter ces nouveaux documents pour marquer une souveraineté retrouvée et une rupture avec la Cédéao.
Une transition progressive
Les détenteurs de passeports Cédéao valides peuvent continuer à les utiliser jusqu’à leur expiration. « Si je dois renouveler mon passeport, ce sera obligatoirement un passeport AES », déclare Mohamed, un citoyen malien. Le nouveau passeport AES, conforme aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), intègre une puce électronique et une page en polycarbonate pour renforcer la sécurité et lutter contre la fraude.
L’introduction du passeport AES s’inscrit dans une stratégie plus large de l’AES, qui inclut également le remplacement des anciennes cartes nationales d’identité par une version biométrique. Cette transition, bien que progressive, marque une étape symbolique pour les trois pays, affirmant leur autonomie et leur indépendance par rapport aux anciennes institutions régionales.
