Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouveau départ forcé

Des réfugiés touaregs maliens près d’un point d’eau dans un camp de fortune à Doueinkara, à proximité de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, fin avril 2026.

Entre les images d’un convoi russe quittant Kidal et les récits de violences attribuées aux mercenaires, les réfugiés maliens en Mauritanie oscillent entre espoir d’un retour au pays et crainte d’un nouveau cycle de violences.

Des attaques sans précédent au Mali qui bouleversent l’équilibre précaire

Les offensives menées fin avril par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les groupes jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), alliés à Al-Qaïda, ont marqué un tournant dans le conflit malien. La junte au pouvoir, déjà fragilisée depuis le putsch de 2020, a subi des pertes colossales, notamment la mort de son ministre de la Défense. Ces événements ont projeté une ombre sur les quelque 300 000 Maliens ayant trouvé refuge dans la région mauritanienne du Hodh Chargui depuis 2012.

À Fassala, ville frontalière, les souvenirs des exactions commises par les paramilitaires russes – autrefois connus sous le nom de Wagner, aujourd’hui rebaptisés Africa Corps – restent vifs. Ces hommes, engagés par Bamako pour lutter contre les jihadistes, sont désormais associés à la terreur pour de nombreux déplacés. Mosso*, un éleveur touareg de 57 ans, raconte l’enlèvement de son frère par des Russes, sous les yeux de son fils, il y a un an. «Si les mercenaires quittent le Mali, je rentrerai chez moi», déclare-t-il, tout en souhaitant «la chute de Goïta», le chef de la junte, accusé d’avoir «fait venir Wagner».

Les civils pris en étau entre pouvoir militaire et groupes armés

Les exactions ne se limitent pas aux mercenaires russes. Civils, accusés de collaboration avec l’un ou l’autre camp, subissent régulièrement des représailles. Début avril, trois organisations de défense des droits humains ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour dénoncer les violences imputées à l’armée malienne et aux groupes paramilitaires. Ces accusations s’ajoutent aux blocus imposés par le Jnim depuis octobre, qui ont poussé près de 14 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, à fuir vers la Mauritanie.

Ahmed*, 35 ans, réfugié au camp de Mbera, partage ce sentiment d’insécurité. «Les militaires au pouvoir ont amené tous les problèmes», affirme-t-il, tandis que sa famille a fui les violences attribuées à l’alliance des forces maliennes et des mercenaires. Dans les allées sableuses du camp, où 120 000 personnes s’entassent, les tensions sont palpables. Les ressources, déjà limitées dans cette région désertique, sont mises sous pression par la présence de ces déplacés.

Entre espoir fragile et réalités angoissantes

Pour Tilleli*, 22 ans, mère d’un bébé d’un an, le retour n’est envisageable qu’à une seule condition : «le départ des Wagner de mon pays». Son village, pillé et incendié par les Russes et l’armée malienne, n’offre plus aucun espoir de paix à court terme. Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Abdallah*, 77 ans, réfugié à Mbera, exprime ses réserves quant à la récente offensive rebelle : «Je ne suis pas heureux que le FLA ait repris Kidal». Pour lui, l’alliance entre indépendantistes et jihadistes est une erreur stratégique, incompatible avec les valeurs des communautés touarègues modérées.

Les humanitaires, eux, suivent la situation avec inquiétude. Omar Doukali, porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Mauritanie, craint un nouvel afflux de personnes déplacées dans une région déjà sous tension. Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, confirme ces craintes : «Les pâturages, les ressources en eau et les services de base sont mis à rude épreuve». Avec plus de 70 000 réfugiés accueillis dans sa commune, il redoute les conséquences d’une intensification des combats au Mali.

La Mauritanie, souvent saluée pour sa stabilité relative dans le Sahel, est désormais confrontée à un défi humanitaire de taille. Entre l’espoir d’une paix retrouvée et la peur d’un nouveau départ forcé, les réfugiés maliens doivent naviguer dans une incertitude qui semble sans fin.