Un scrutin historique et une transition apaisée
Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle du 12 avril au Bénin avec un score écrasant de 94,27 % des suffrages, face à son concurrent Paul Hounkpè, qui a salué la sincérité du processus et appelé à l’unité nationale. La Cour constitutionnelle a validé ces résultats, confirmant un taux de participation record de 63,57 %, en nette hausse par rapport aux 50,17 % enregistrés cinq ans plus tôt. Cette consultation électorale s’inscrit comme la cinquième alternance démocratique depuis la Conférence nationale de 1990, un gage de stabilité dans une région où les reports de mandats alimentent régulièrement des tensions politiques.
Des défis économiques et sociaux colossaux
Ministre des Finances pendant près de dix ans, Romuald Wadagni est reconnu comme l’architecte de la performance économique béninoise. Sous son impulsion, le taux de croissance du PIB a bondi de 1,8 % en 2015 à près de 8 % en 2025, un exploit qui contraste avec la persistance de la pauvreté. Malgré cette dynamique, plus de 40 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, un paradoxe que le nouveau président compte résoudre grâce à une croissance inclusive et une économie diversifiée. Son programme pour 2026-2033 repose sur trois piliers : le bien-être social, la compétitivité économique et la cohésion nationale.
Relancer le dialogue avec l’opposition et renforcer la démocratie
Le paysage politique béninois reste dominé par la mouvance présidentielle, avec des députés et élus locaux issus de ses rangs. Les règles de parrainage introduites en 2024, exigeant un quota de 15 % des parlementaires ou maires, ont marginalisé l’opposition. Le parti Les Démocrates, autrefois influent, est en proie à des divisions internes depuis le départ de Boni Yayi en mars 2026. Sans modification de ces règles, l’opposition pourrait être exclue des prochaines élections jusqu’en 2040, un scénario qui affaiblirait davantage le pluralisme politique.
La Constitution de 2025 prévoit un « pacte de responsabilité républicaine » pour favoriser la collaboration avec l’opposition. Cependant, ce mécanisme doit être utilisé pour renforcer le débat démocratique, et non pour étouffer les voix contestataires. Romuald Wadagni devra aussi garantir l’effectivité des mécanismes de participation citoyenne et des dialogues de redevabilité publique pour consolider la confiance dans les institutions.
Une sécurité régionale à reconstruire
Le Bénin fait face à des menaces terroristes persistantes dans le nord du pays, tandis que ses relations avec certains voisins, comme le Burkina Faso et le Niger, restent tendues. La tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 a rappelé la fragilité des acquis démocratiques et la nécessité de renforcer la coopération régionale. Bien que les liens avec le Nigeria se soient améliorés grâce à son soutien lors de cette crise, la reprise des échanges avec Ouagadougou et Niamey dépendra de la volonté politique des nouvelles autorités.
Le vide sécuritaire résultant de ces tensions favorise l’expansion des groupes terroristes, notamment dans les zones transfrontalières et autour du complexe W-Arly-Pendjari. Une coopération renforcée est indispensable pour sécuriser ces territoires et préserver la stabilité des trois pays concernés.
Une gouvernance à deux têtes ?
La création d’un Sénat en novembre 2025, doté de prérogatives étendues, pourrait introduire une forme d’exécutif bicéphale. Une nomination de l’ancien président Patrice Talon à la tête de cette institution institutionnaliserait cette dynamique, avec un risque accru de frictions institutionnelles. Romuald Wadagni devra donc veiller à préserver l’équilibre des pouvoirs et à éviter toute concentration excessive du pouvoir.
Son mandat s’annonce comme un exercice d’équilibriste : concilier croissance économique, inclusion sociale, stabilité politique et sécurité régionale, dans un contexte où les défis structurels se multiplient. La réussite de cette transition dépendra de sa capacité à fédérer toutes les forces vives du pays autour d’un projet commun.
