Roukiata Ouedraogo : un retour aux sources littéraire au Burkina Faso

C’est au cœur de la capitale burkinabè, Ouagadougou, que nous rencontrons Roukiata Ouedraogo. Humoriste, comédienne et écrivaine, cette figure incontournable de la scène culturelle franco-burkinabè se dévoile avec une sincérité désarmante. Née au Burkina Faso, elle a forgé son identité entre Fada N’Gourma et les quartiers animés de Ouagadougou avant de s’envoler pour la France au tournant des années 2000.

Roukiata Ouedraogo à Ouagadougou (septembre 2022).

Son parcours artistique, à la croisée du théâtre, de l’écriture et de l’humour, témoigne d’un engagement profond et d’une volonté farouche de raconter son histoire. « Je suis autrice, humoriste et comédienne franco-burkinabè », résume-t-elle, évoquant une vie construite entre deux continents mais toujours ancrée dans ses racines sahéliennes.

De Paris à Ouaga : le tumulte des souvenirs

Dans ses récits, Roukiata Ouedraogo explore avec finesse le lien indéfectible qui l’unit à sa terre natale. Son ouvrage Ouagadougou pressé illustre parfaitement cette dualité. On y suit l’artiste préparant ses valises dans sa chambre de bonne parisienne du 18è arrondissement, jonglant entre les cadeaux pour la famille et les souvenirs de sa jeunesse trépidante dans les faubourgs de Ouagadougou.

Ouagadougou pressé de Roukiata Ouedraogo

À travers une galerie de personnages savoureux — des braiseurs de poulet bicyclette aux coiffeuses de Château-Rouge — elle dépeint une fresque sociale où l’humour sert de rempart contre la nostalgie. Accompagnée par le trait dynamique d’Aude Massot, cette œuvre est un véritable hymne à la famille et à la différence, évoquant aussi bien les techniques de drague des garçons que les ruses pour échapper à l’autorité paternelle.

La figure maternelle et la résilience africaine

L’émotion se fait plus vive lorsqu’elle évoque Du miel sous les galettes. Ici, Roukiata Ouedraogo rend hommage à sa mère, véritable « roc » qui a élevé seule sept enfants dans un contexte marqué par la précarité et l’arrestation de son époux. Entre les sécheresses écrasantes et les pluies diluviennes du Burkina Faso, le récit met en lumière la résilience Afrique à travers le quotidien d’une femme courageuse vendant ses galettes au miel pour survivre.

Du miel sous les galettes de Roukiata Ouedraogo

Ce témoignage, empreint d’une dignité africaine profonde, redonne ses lettres de noblesse à l’enfance vécue au pays. Chaque page résonne comme une célébration du peuple africain face aux épreuves. L’entretien se conclut sur les notes musicales de Désiré Sankara, dont le titre Ouagadougou accompagne parfaitement cette immersion dans l’univers d’une autrice qui n’a jamais cessé de porter son pays dans son cœur.